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L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (Critique Cinéma)
2/29/2008 6:10
                                      

Séance de rattrapage. Il y a, parfois, des regrets doux amers comme celui d'avoir manqué la sortie sur grand écran d'un film qu'on aura quelques temps plus tard découvert, sans particulièrement d'attente, en dvd. Il en est ainsi de "L'assassinat de Jesse...", formidable bonne surprise qui respire le cinéma, le "vrai", truffé de moments intenses, servis par des acteurs au paroxysme de leur inspiration et une mise en scène d'une maîtrise effrayante, servie par le Néo-zélandais Andrew Dominik, 40 ans, et un film seul derrière lui, le très honorable "Chopper" qui révéla Eric Bana.
Revisiter une histoire devenue légende, qui a depuis longtemps dépassé les frontières de la seule Amérique, celle de John Ford tout de même (!), était un pari des plus risqué. Mais en plus de sa casquette de réalisateur, Dominik scénariste a eu l'excellente idée de prendre un tout autre angle pour cette histoire, en adaptant le livre éponyme de Ron Hansen. L'Histoire est pourtant formelle: alors qu'il était chez lui, Jesse James a déposé ses colts sur une banquette, s'en est allé dépoussiérer un tableau, et s'est fait tirer dans le dos par le bourreau traître Robert Ford. Ces faits, Dominik va prendre le temps de leur offrir des tenants et aboutissants bien plus complexes que ce que la légende a voulu retenir.
Evidemment, Jesse James n'est ici pas tout à fait le Robin des Bois que l'on croit et Robert Ford n'est pas plus le simple(t) traître que l'on suspecte.
En prenant le temps d'installer ses personnages, lors du préambule à l'attaque (sublime de classe) du train, Dominik nous permet a posteriori de mieux cerner nos (anti-)héros, malgré le risque de perdre quelques spectateurs en route. Aucun plan, même le plus stylisé, n'est anodin, aucun dialogue, même le plus poétique, n'est superflu. Les informations arrivent dans tous les sens et tous nos sens sont en éveil.
Tour à tour admirateur et envieux de son idole, Ford sera ensuite, à son contact, désenchanté par le mythe qui se décompose sous ses yeux, celui d'un homme aussi paranoïaque que lunatique et auprès duquel la lâcheté (cette même lâcheté dont il sera lui-même affublé) n'est qu'à un pas, en témoigne le moment où Jesse James moleste le petit neveu des frères Ford. De son côté, James, alors seul chef d'un clan étêté par le départ de son frère aîné, et délaissé par certains de ses hommes, devine chez Ford l'insoupçonné, un orgueil de celui qui pourrait être à la fois son lieutenant et son petit frère. A la complexité des rapports entre les personnages, se greffe évidemment la confusion des sentiments, avec en point d'orgue l'assassinat proprement-dit, que Jesse James met lui-même en scène, comme cela a été décrit: en délaissant ses colts, et en tournant le dos aux frères Ford -dont il sait pour l'avoir choisi, lequel des deux sera son bourreau- comme on tourne le dos à sa vie trop lourde à porter, pour mieux rentrer dans la légende... en faisant la nique à l'Histoire. Comme il le dira plus tard à une de ses conquêtes, Ford voulait juste être considéré comme un héros. Il se mettra même en scène au théâtre pour cela. Vainement, car Robert Ford restera le lâche de l'histoire, et sera puni comme on punit les lâches -de dos-, et Jesse James demeurera l'ange déchu de la légende.
Face à la mise en scène chiadée et aux cadrages magnifiques d'Andrew Dominik, Brad Pitt n'a jamais été aussi bon et juste à l'écran, mais que dire sinon être impressionné par la performance de Casey Affleck, qui bouffe l'écran jusqu'à nous redonner foi en son patronyme? L'assassinat de Jesse James..., jusqu'à sa bande originale, touchée par la grâce du grand Nick Cave, est un western à la modernité qui repousse les limites du genre. Un genre dont le maître a justement été John Ford, lequel préconisait:  "Quand la légende surpasse la réalité, imprimez la légende". Alors, on ne fera pas injure à Mr Ford de conseiller à notre tour: lorsque le film surpasse la légende, imprimez le film.

Note : 8/10
Commentaires

Commentaire par courleciel au sujet de 3/4/2008 6:14
Un pur régal !
Commentaire par Geouf au sujet de 3/1/2008 9:11
Idem pour moi, meilleur film de l'an dernier.


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