Ayant vu le film dans une copie de travail (d'excellente qualité) mais pas dans sa version cinéma, il aura peut-être subi quelques modifications de dernière minute pour sa sortie ciné. Les évènements dont je fais mention dans cette critique seront donc peut-être amenés à sauter au montage final - j'ai entendu dire que l'évasion de Smith Grove et la fin seraient différentes.

Halloween
Ecrit et Réalisé par Rob Zombie
Avec Malcolm McDowell, Daeg Faerch, Tyler Mane, Scout Taylor-Compton, Danielle Harris, Sheri Moon-Zombie...
Le | SYNOPSIS : Michael Myers est un enfant de dix ans qui accumule les problèmes. Le soir d'Halloween, il assassine son père et sa soeur Judith. Quinze ans plus tard, le jeune Myers a grandi et profite d'une surveillance plus que laxiste pour s'échapper de l'hôpital dans lequel il était interné.
La | CRITIQUE : Cette critique de Halloween est pour moi sans aucun doute l'une des plus dures à écrire, et ce pour deux raisons. La première, car c'est avec la saga Halloween que j'ai vraisemblablement commencé à adorer le cinéma puisque les épisodes de la saga sont les tous premiers films que j'aurai regardé et regardé encore et encore et qu'ils auront donc marqué ma cinéphilie. Parler aujourd'hui du remake (enfin j'en sais rien - en est-ce vraiment un ? ça ne ressemble ni à une ré-imagination ni à un remake ni à un préquel donc euh) d'un des films fondateurs de mon amour du cinéma n'est jamais chose facile.
La seconde raison, c'est que le film de Rob Zombie est tellement bancal et bordélique, tellement rempli de défauts et de qualités dispersées, qu'il est quasiment impossible de résumer clairement ce que vaut vraiment le film en si peu de lignes. En fait, il y a un mot qui caractérise bien ce film, c'est le mot bancal. Puisque tout ne sera que ça dans Halloween.
Tout d'abord, comme certains le savent ici, j'ai détesté les deux films de Rob Zombie. Heureusement, vous serez probablement rassurés de savoir que l'ami Zombie est devenu un peu plus soucieux de ses cadres et ne ressent plus l'envie de nous replacer un clip en plein milieu d'un film, comme ça, parce que ça fait cool, allant au delà de toute pertinence dans la réalisation. Rob Zombie s'est amélioré, et c'est définitivement quelque-chose qui, pour moi, m'a rassuré d'emblée. Si il semble décidé à faire du cinéma, il reste tout de même des problèmes qui deviendront vite problématiques : si son cadre resserré fonctionne bien pendant un bon moment puisque l'on a pas de mal à situer où l'on est, ça devient sacrément moins efficace durant la deuxième partie du film, où tous les cadres sont des gros plans sans qu'aucun plan un peu plus large ne nous dévoile ce qui se passe et où. Un défaut qui fait malheureusement penser à la réalisation d'une série télé et qui s'avère désagréable à force. Néanmoins j'aimerai insister sur l'évolution de sa réalisation, une évolution toujours appréciable.
D'un point de vue sonore, et bien, ça plaira ou ça ne plaira pas mais le boulot est de qualité. Cet Halloween est très bruyant (trop pour du Halloween) mais la qualité du travail effectué sur la musique et les effets sonores est telle que cela amplifie considérablement l'impact de chaque apparition "horrifique" du tueur. La musique se permet même parfois de donner une certaine personnalité au métrage de Zombie, contre toute attente. Malheureusement pour le fan, si les musiques du premier opus se retrouvent par moments sur le film de Zombie, ce n'est jamais dans le soucis d'une atmosphère cohérente. La musique du Halloween de John Carpenter insistait sur un rythme très lent, répétitif et quasiment hypnotique. La reprise de ces morceaux sur le film de Zombie n'a plus beaucoup d'intérêt puisqu'ils ne collent décidément pas aux images dans le sens où dans cet Halloween, point de ce rythme là, point de longs plans fixes ni de nombreuses scènes à priori inutiles (et pourtant si nécessaires et fondatrices de l'atmosphère distillée dans le film de Carpenter).
J'en viens donc au premier d'une longue liste de défauts. J'ai tout simplement eu la très nette impression que Zombie avait la première partie de son film en tête, mais qu'une fois arrivée la partie qui se déroule en 1978, il s'était mis, peu inspiré, à écrire son scénario au fur et à mesure que ses doigts frappaient sur les touches. Et ça donne ce résultat : une seconde partie d'une médiocrité saisissante, condensant le film de Carpenter en quarante minutes, avec donc quelques mêmes scènes quasiment plan par plan, au dialogue ou à l'intervention du même personnage près. Au delà du simple goût de parodie que possède cette partie (d'autres acteurs qui rejouent trait pour trait la même séquence que dans un film culte, ça fait décidément ridicule), c'est cette condensation qui est dérangeante. Cette seconde partie est expédiée comme si elle n'avait aucune importance alors que c'est le coeur de l'action !! Le développement de l'intrigue, l'installation d'une atmosphère, le développement des personnages passent donc complètement à la trappe, et il se passe la même chose que dans le film de Carpenter sauf que Zombie change deux ou trois trucs (par exemple le lieu ou l'instant de la journée où tel élément de l'intrigue est dévoilé). Le constat de ce bâclage en règles, c'est que là où devaient résider l'action et l'intrigue du film, et bien il n'y a que du rapidement torché et du repompage. Pas un seul moment donc on est pris dans l'action, puisque cette partie ne consiste qu'à un résumé schématique des actions du 1. En gros, en une minute on a Bob et Linda qui baisent, Bob qui se fait tuer et Myers déguisé en fantôme qui tue Linda. Comme si Zombie repassait brièvement dans sa tête le déroulement des choses dans l'original sans se soucier d'y apporter quelque-chose ni même se soucier de laisser le spectateur rentrer dans l'action. Halloween n'est donc clairement pas un film à aller voir entre potes souhaitant se taper un film d'horreur haletant et rythmé. On est jamais vraiment dedans et on ne ressent jamais rien.
La première partie du film s'en sort mieux puisqu'on a l'impression que c'est la seule partie du film dont Zombie se soit vraiment soucié, comme si il avait l'impression que c'était le seul endroit du film où il pouvait réellement apporter quelque-chose puisque cette partie de l'histoire n'avait pas été racontée dans l'original (ce qui est stupide, car dans ce cas-là on ne fait pas un remake si on sent n'avoir rien à apporter à ce qui a déjà été dit). Cette première partie dure donc quarante minutes, et se déroule lors du Halloween de 1963 (quoiqu'aucune indication de temps ne soit jamais donnée dans le film). Elle raconte la journée de la famille Myers et est l'occasion de voir brièvement tout ce que le petit Myers endure (pour qu'on puisse le prendre en pitié et se dire qu'il a raison de tuer les gens vu que ce sont des ordures) et qui va le mener à tuer sa soeur Judith et son père en ce soir d'Halloween. Cette première partie est l'occasion de voir évoluer les éléments les plus intéressants du film de Zombie : tout d'abord le petit Daeg Faerch, tellement bon dans son rôle qu'on le croit naturel comme tout lorsqu'il sourit comme un ange à sa mère, la seule personne qu'il aime vraiment et qui l'aime en retour, avant de tirer une sacrée gueule de psychopathe lorsqu'il se retrouve confronté à des ordures comme Judith, son père ou les gamins de l'école - et ensuite sa relation avec le Dr. Loomis. En effet, c'est l'occasion de voir deux des personnages les plus emblématiques de la saga se parler et se découvrir comme des amis. Sheri Moon-Zombie est également vraiment convaincante dans le rôle de la mère de Myers, et cette première partie s'achève d'ailleurs sur une note dramatique d'une justesse très appréciable.
Néanmoins, tout n'est clairement pas rose dans ces quarante premières minutes puisque si Zombie livre un travail bien plus correct et efficace que la seconde moitié du film, c'est également là où intervient sa vision relativement désatreuse de Halloween. On le savait déjà, ce n'était donc pas une surprise et le résultat le confirme, Rob Zombie croit intelligent et pertinent comme tout de faire de Michael Myers un pauvre petit garçon issu d'une famille d'ordures, et qui a donc toutes les raisons de tuer lorsqu'un méchant camarade d'école se moque de lui ou que sa méchante soeur ne veut pas l'emmener chercher des bonbons. Bref, voilà une vision bien peu originale et franchement ultra à côté de la plaque pour quelqu'un qui s'inspire du Halloween de Carpenter puisque le Michael Myers original était présenté comme un enfant issu de bonne famille. Son revirement vers l'horreur était donc beaucoup plus étonnant et le plus surprenant dans tout cela restait donc l'absence totale de raisons qui le poussaient à tuer. Son côté fantômatique, silencieux, glacial, hypnotisé et implacable passe aussi complètement à la trappe pour un Myers brute qui tue parce que les gens autour de lui sont des connards.
Je ne demandais pas que Zombie respecte à la lettre ce qu'avait fait Carpenter, il est très intéressant de développer de nouvelles approches, mais une approche comme la sienne est une approche éculée et naïve comme tout, et surtout en total désaccord avec toutes les qualités et tous les éléments fondateurs de la saga ! Sérieusement, est-ce que moi je vais me ramener faire un remake de James Bond avec un agent secret gaffeur d'un mètre trente laid comme un poux qui s'occupe de la maintenance dans un super-marché ? Mais encore une fois, on plonge dans les intentions (naïves) de Zombie comme dans un grand bassin d'eau claire : il a voulu amener un développement de la personnalité de Myers et il croit intelligent et original comme tout son approche terriblement classique et ne se rend même pas compte qu'il ne respecte pas les caractéristiques fondamentales du film et de la saga dont il s'inspire.
Au rayon des acteurs, si la première partie du film laisse la place à Daeg Faerch, Malcolm McDowell et Sheri Moon-Zombie, excellents, la deuxième partie est, comme je l'ai déjà dit, tellement schématique et expédiée à la va-vite qu'aucun des personnages n'a le temps d'être ne serait-ce qu'un minimum développé ! Du coup, rien à retenir de leurs prestations. Je retiendrai quand même le très joli minoi de Danielle Harris, rescapée de son rôle dans Halloween 4 & 5 (et pas le 6 puisqu'une autre actrice a interprété son rôle), décidément sublime et fort attachante, dans le rôle de Annie cette fois.
Enfin, je ne peux décidément pas me retenir de mentionner ce que Rob Zombie a fait du Dr. Loomis. Déjà, le film commence sur une citation de Dr. Loomis (ah bon ? Il est devenu philosophe lui ? Ca fait pas un peu téléfilm les citations bidons en début de métrage sensées filer les chocottes aux spectateurs ?), mais le plus gros, c'est quand Loomis fait la promotion de son bouquin devant une assemblée, en ne trouvant rien d'autre à raconter, comme le gourou d'une secte, à quoi ressemblent les yeux de Myers, les yeux du diable ! - brrr c'est effrayant, ça c'est de la littérature de psychiatre. J'aimerai savoir depuis quand le Dr. Loomis, psychiatre de grande qualité, s'amuse à écrire des livres de cette trempe pour les promouvoir en faisant de la terreur de super-marché ? C'est super sympa de vouloir reprendre les moments cultes du Dr. Loomis, mais autant son monologue sur les yeux de Michael avait un sens lorsqu'il le racontait au Shérif Brackett comme une anecdote pour lui faire comprendre le moment où il a compris que Myers était le mal à l'état pur, autant ça en devient ridicule lorsqu'il le raconte, en tant qu'éminent psychiatre, à toute une assemblée. J'ai vraiment eu encore une fois l'impression que Rob Zombie cherchait à faire un truc qui en jète et qui file les chocottes, sans même se rendre compte qu'entendre un psychiatre raconter ça à tout le monde le décrédibilise totalement et rend la scène ridiculement naïve ! Si un psychiatre reconnu balance un tel monceau d'élements sensationnalistes sur un tueur en vogue, sérieusement il se ferait huer, on est pas dans Voici !
Des petits défauts comme ça, il y en a plein. Si le film est bien mieux ficelé et tient beaucoup plus la route que ses deux précédents essais, il faut vraiment sans arrêt revoir ses espérances à la baisse pour apprécier un minimum le Halloween de Zombie. On oublie qu'on est venu voir un film d'horreur pour se payer une bonne dose d'adrénaline, okay, on oublie que Zombie a fait n'importe quoi de la saga dont il s'inspire, okay, on oublie sa réalisation inefficace et hasardeuse, okay, on oublie la naïveté du scénario, okay, on oublie que les personnages sont inconsistants et en font tous inexplicablement des caisses, on oublie que le film est soit en hors-sujet avec la saga, soit ne fait qu'un copier-coller plat et sans saveur, on oublie que la police d'écriture du générique fait Movie Maker, on oublie que l'évasion de Smith Grove est l'un des moments de cinéma les plus ridicules qui soient, on oublie que le film en fait beaucoup trop, on oublie qu'on y comprend rien, okay. Ouf ! En fait, la chose qu'on finit par oublier après tout, et sans se forcer, c'est le film lui-même. Vous le verrez une fois, vous direz probablement 'tiens y a des trucs pas mauvais', mouais, mais finalement cette accumulation de choses qui font de cet opus un sacré foutoir fait que Halloween déçoit forcément et devient un film très mineur, pas forcément désagréable à voir mais qu'on oublie tout de suite après l'avoir vu. J'aurai pensé que le Halloween de Rob Zombie serait soit une catastrophe, soit un sacré vrai film d'horreur pur et dur et diablement efficace. En tout cas qu'il ne laisserait personne de marbre. Il n'en est rien, c'est un film sacrément mineur et tellement bancal et inachevé que vous l'oublierez sitôt être sorti de la salle. Pire que bancal, en fait ce qui vient à l'esprit quand je repense à ce film, c'est tout simplement l'adjectif le moins glorieux du cinéma : inutile.
Note : 5/10 - Mention Pétard Mouillé