
Massacre à la tronçonneuse : le commencement (The Texas Chainsaw Massacre : The Beginning)
Réalisé par Jonathan Liebesman
Ecrit par Sheldon Turner
Avec Jordana Brewster, Matthew Bomer, Taylor Handley, Diora Baird, Andrew Bryniarski, R. Lee Ermey...
Le | SYNOPSIS : En 1969, Dean est appelé à combattre au Vietnam. Pour garder un oeil sur lui, son frère Eric décide de l'accompagner. Les deux jeunes hommes décident donc de passer leurs derniers instants de liberté avec leurs petites-amies, lancés sur les routes du Texas. Lorsqu'ils ont un accident de la route, ils sont sains et saufs mais sont vite faits prisonniers par un Shérif aux méthodes peu communes qui les ramène chez lui, où ils deviendront les premières victimes du fait divers le plus violent et dérangeant des annales américaines, le massacre à la tronçonneuse.
La | CRITIQUE : Le Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper est pour moi sans conteste le film auquel je voue le plus gros culte. Il a totalement conditionné ma vision du cinéma d'horreur, voire du cinéma en général. Lorsque Marcus Nispel en dirigea le remake en 2003, ce fut pour moi une immense déception puisque outre son statut de "film de studio", il est lourd, long, ennuyeux et pas respectueux pour un sous de l'original. Bref, on avait touché à mon film culte et je n'étais pas content. Peu importe le nombre de fois que j'ai pu le revoir, le constat fut toujours le même, malheureusement, le film n'ayant pour lui qu'une magnifique édition DVD.
Pour le "préquel du remake", rien n'indiquait particulièrement une quelconque réussite. L'équipe derrière est sensiblement la même, avec notamment Steve Jablonsky et sa musique impersonnelle, inefficace et irrespectueuse de l'original. Jonathan Liebesman, le réalisateur cette fois-ci à la barre, a réalisé Darkness Falls qui était un petit film pas désagréable mais auquel il ne fallait rien demander de plus.
Pour ceux qui s'en souviennent peut-être, j'avais écrit, à la sortie de ce préquel au cinéma, une critique résumant un avis plutôt mitigé, partagé entre le "bien meilleur que celui de Nispel" et le "c'est pas pour autant que c'est bien". Mais cette-fois, revoir le film en DVD m'aura fait le plus grand bien ! Tout d'abord, j'aimerai préciser que j'étais malade lorsque j'ai vu le film au cinéma et que ce n'était probablement pas le meilleur état pour apprécier une séance. Ensuite, oui, il est vrai que lorsque l'on revoit un film pour la deuxième fois, on sait à quoi s'attendre et donc on est plus généreux. Néanmoins, ce n'est pas toujours vrai. Un film médiocre est d'autant plus énervant et nous paraît encore plus mauvais si on le voit plus d'une fois.
Je vais commencer par l'aspect extérieur : tout d'abord, le DVD est magnifique. Si cette édition ne vaut clairement pas la très originale édition du film de Nispel, elle n'en reste pas moins vraiment très agréable à l'oeil.
Au niveau de l'image et du son, c'est quasiment la perfection. Un conseil, regardez le film avec votre kit d'enceintes et réglez-les avec attention. A défaut de se montrer respectueux de l'univers sonore du Massacre original, la musique de Jablonsky, toujours grave, vous mettra dans l'ambiance. Ensuite comme je l'ai dit, l'image est magnifique et rend complètement justice au fantastique travail visuel du réalisateur et de son équipe. Chapeau, donc.
En ce qui concerne le film lui-même, et bien je vais directement commencer par ses deux très gros points forts. Le premier, c'est Jonathan Liebesman. Réservé sur Darkness Falls, il devient ici l'homme de la situation à qui il fallait confier une nouvelle version du mythique film de Hooper. Bien moins classique et fade que la réalisation de Nispel, celle de Liebesman est en premier lieu vraiment très respectueuse de l'original avec un sens du style des plus étranges, jouant sans cesse avec le soleil, les nuages, et une composition des cadres ultra-marquée et vraiment réussie nous faisant presque passer le format 16/9ème du film pour du Cinémascope. Si le côté film de studio reste, Liebesman offre donc, à la manière de Jaume Collet-Serra sur La Maison de Cire, une empreinte unique et vraiment très savoureuse. Jonathan Liebesman officie ici en tant que mélange parfait entre un réalisateur de films indépendants et de films de studios. C'est tout simplement tout ce qu'un fan du film de Hooper pouvait espérer de mieux venant de Hollywood. Mille fois merci donc.
Le deuxième point fort, qui va de paire avec la réalisation léchée et sauvage de Liebesman, c'est la photographie. Les couleurs sont vraiment prononcées, mais pas lourdement, à la différence des suites de Saw. Cela fait penser par exemple aux tons très 'acidulés' des couleurs de la série Veronica Mars. La pellicule sensible offre un ton encore plus profond à la qualité visuelle du film de Liebesman. L'étalonnage vient enfoncer le clou avec un traitement de l'image magnifique, mais encore une fois pas trop lourd. Le DVD étant particulièrement réussi, vous aurez tout le loisir d'admirer le superbe travail visuel sur le film, plus accentué, original et sauvage que dans le film de Nispel, visuellement quelconque dans son esprit clippesque.
Quant à la musique du film, je ne crois pas que Jablonsky se soit vraiment amélioré, mais l'utilisation de sa musique est plus pertinente puisque l'on est d'entrée de jeu placé au sein d'une atmosphère vraiment grave et dramatique, on sent que ça ne va pas rigoler et le générique de début, accompagné donc de la musique de Jablonsky, fait remarquablement son boulot de plongée dans l'atmosphère.
Il reste tout de même dommage que les gens derrière les refontes de Massacre à la tronçonneuse aient abandonné le style sonore de l'original de Tobe Hooper. Steve Jablonsky reste bien trop propre, bien trop classique et trop collé à une image de slasher-movie pour que ça colle réellement à du Massacre à la tronçonneuse.
Au niveau du casting, ça reste du même niveau que dans les autres films à savoir très quelconque. La famille de Leatherface étant la même que dans le film de Nispel, il va falloir se contenter de personnages peu intéressants et sans profondeur. Pour les héros du film, c'est comme toujours dans la saga - et comme dans le film de Hooper aussi, probablement l'un des seuls points qu'il serait possible d'améliorer - des acteurs peu charismatiques qui se glissent dans la peau des personnages principaux, sans particularité aucune. C'est dommage, puisque si les films d'horreur n'ont jamais été le bon endroit pour se retrouver avec un jeu d'acteur oscarisable, on ne demande juste que d'avoir affaire à des acteurs charismatiques et attachants, ce qui n'est finalement que peu le cas ici encore une fois. A quand une véritable personnalité dans le casting ?
Le scénario, même si vraiment mieux mené que dans le remake de Massacre à la tronçonneuse, vraiment plus efficace, n'en reste pas moins relativement faiblard malheureusement. Pas mauvais, mais trop proche du film de Nispel, pas aussi emballant que celui de La Maison de Cire, pas aussi bien mené que celui du film de Hooper. Néanmoins, il réserve quelques bons moments de bravoure et de très bonnes scènes, si bien que le film ne comporte que de très courtes longueurs qui apparaissent avant la moitié du film donc tout va bien. On aurait juste pu espérer quelque-chose de plus efficace, avec plus de suspens, même si le niveau reste très correct.
Pour résumer, Massacre à la tronçonneuse : le commencement doit faire avec un héritage handicapant de la part du film de Nispel, mais arrive, avec surprise, à relativement bien s'en détacher pour nous proposer un film très convaincant. Nous tenons donc bien là le meilleur opus de la saga après l'original de Hooper - même si ça ne veut pas dire grand chose; mais surtout, nous tenons là probablement ce que les studios nous ont offert de meilleur en termes de films d'horreur après le fantastique La Maison de Cire.
Quand on sait que Jonathan Liebesman réalisera le remake de Vendredi 13, on peut sans aucun doute se dire que le réalisateur relèvera sans problème ce film de merde au statut de bon film d'horreur. Aussi bon que ce dernier Massacre à la tronçonneuse ? J'espère bien !