qu'ça à foutre (Critique Cinéma)
4/25/2008 12:03
 Alors que le cinéma commercial américain traverse une des plus mauvaises phases de son histoire, il faut constater que le cinéma américain dit indépendant ou plus ou moins intellectuel, semble retrouver une nouvelle énergie avec de nombreux chefs d'oeuvres sortis entre fin 2007 et début 2008. La surenchère est mise de coté et le cinéma semble retourner vers un coté plus classique, tandis que l'on retrouve certains genres que l'on pensait oubliés. Mais qu'en est-il de ce cinéma à grand spectacle ? Qu'en est-il de ce cinéma qui vous en met plein les yeux et plein les oreilles devant un immense écran ?
Il est en effet très rare d'aller voir un film, dit vulgairement "commercial", et d'en sortir sur un petit nuage en disant qu'on a assisté à un chef d'oeuvre. Y en a-t-il eu vraiment depuis Le Retour du Roi ? Sans remonter si loin, qu'avons-nous eu depuis ? Nous avons eu une bonne dose, même pas terminée, d'Harry Potter, de qualité variables, mais qui a fini par amener une grave lassitude. Nous avons eu une bonne dose de films surfant sur ce même genre fantaisiste avec des ratages, qui auraient du mener sur des liscences juteuses, comme Les Royaumes du Nord, Eragon, Monde de Narnia et j'en passe. Nous avons eu aussi une cure de films de super-héros, composée de 95% de navets. Les studios ont complètement ridiculisé des sagas cultes et des personnages emblématiques comme Les 4 Fantastiques, le Surfer d'Argent, Ghost Rider, Superman et on se rappelle encore des Daredevil, Elecktra ou encore Catwoman. Mais le plus frustrant est de constater que mêmes les rares réussites n'ont pas su être exploitées convenablement. X-Men 3 et Spider-Man 3 sont venus gâcher des trilogie pourtant très bien parties. Un véritable gâchis. Et on attend avec beaucoup de méfiance le prochain Incredible Hulk, censé rattraper le ratage du premier Hulk d'Ang Lee, autre preuve de leur incompétence car ce 1er Hulk était pourtant rempli de qualités et de scènes remarquables. On attend aussi le prochain Hellboy, une suite qui a l'air bien plus ambitieuse que le premier qui m'avait lui aussi déçu. Sans oublier Iron Man qui, pour l'instant, me fait plus penser à une parodie genre 4F, qu'à un nouveau fleuron du genre.
Mieux vaut passer sous silence les trop nombreuses adaptations de jeux vidéo au cinéma. Uwe Boll reste dans son coin certes, mais il semblerait que les Hitman, Doom, Silent Hill, Alien vs Predator ou autre trilogie Resident Evil aient ramené bien du monde dans les salles quand on voit les quantités de projets... God of War, Gears of War, Metal Gear, Onimusha etc... Même si j'avoue porter de l'intérêt sur le projet Prince of Persia. Bref le potentiel est toujours là, mais n'est jamais exploité comme il faut.
Nous avons aussi assister avec joie et nostalgie à un come-back de toutes les icônes des années 80, autre preuve aussi du manque d'originalité du cinéma d'aujourd'hui. Mais parfois la nostalgie a du mal à passer l'éponge sur les défauts du film. Pour ma part le dernier Die Hard ne m'a pas convaincu avec cette surenchère visuelle numérique. Et les nouveaux (et derniers ?) épisodes de Rocky et Rambo jouissent d'une qualité d'apparence grâce à la comparaison faîte avec les épisodes précédents déjà bien merdiques. Stallone a réussi son pari, mais on ne peut nier que son Rocky 6 et Rambo 4 ont du mal à s'imposer comme de nouveaux classiques du genre. De la même manière que Terminator 3 souffrait d'un manque d'intérêt et d'originalité malgré quelques bonnes scènes.
On peut tout de même noter quelques réussites. Les préquelles étant à la mode, le renouveau de Batman avec Batman Begins a marqué les esprits avec cet esprit sombre, même s'il ne dégage pas la magie propre aux épisodes Burtonniens. Et on se languit donc le prochain The Dark Knight qui devrait réserver son lot de bonnes surprises. De plus, la mort du comédien Heath Ledger, interprète du Joker, devrait aider à faire passer la comparaison avec son modèle et prédécesseur Jack Nicholson... Ce coté sombre et réaliste a d'ailleurs grandement inspiré le renouveau de la saga James Bond, qui avec son changement d'ambiance radical et d'acteur principal, retrouve un nouveau souffle en se débarrassant des lourdeurs ridicules des opus précédents. Casino Royale n'a rien d'un film culte mais reste une réussite en soi et l'on attend donc le prochain épisode en espérant que la série ne s'essouffle pas. Pour l'instant la nouvelle référence en matière de films d'action reste la trilogie Jason Bourne avec une nouvelle forme de mise en scène, quoi que d'une qualité discutable. Et on parle encore d'un 4eme opus.
Mais le plus gros come-back de l'histoire reste celui à venir du professeur Indiana Jones, avec ce 4eme volet qui sort le mois prochain. A la différence qu'Indiana Jones n'est pas Rambo, ni John McClane et qu'un échec serait impardonnable. L'effet "Menace Fantôme" reste la principale menace, mais pour l'instant tout est là pour nous assurer une grande réussite aussi bien dans le fond (esthétique) que dans la forme (scénario et acteurs). Spielberg oblige.
On parle aussi d'un probable Mad Max 4, mais qui se ferait sans Mel Gibson (dîtes moi l'intérêt), ou d'un 3eme volet sur Snake Plissken, mais sans Kurt Russel (redîtes moi l'intérêt) et l'on oubliera assez vite ces quelques rumeurs ridicules sur un 4eme Retour vers le Futur, une suite à Forrest Gump ou encore un 4eme Parrain, après tout ils ont bien fait un prélude à L'Impasse !
Franchement il serait temps que les studios se réveillent et fassent plus dans l'artistique et moins dans le commercial, surtout qu'en ce moment on trouve une certaine tendance à vouloir bien faire et de nombreux chefs d'oeuvre ont fait leur apparition dans des genres variés ces derniers temps.
Le souci vient du fait que ce sont les navets, rentables, qui permettent de financer les grands et bons films. Je trouve ça un peu hypocrite car un film commercial peut aussi être d'une grande qualité et être très rentable. Le vrai problème aujourd'hui c'est que ce sont les effets numériques qui commencent à se démocratiser. Le public est de moins en moins surpris par une prouesse numérique et c'est donc une course au "jamais vu" qui se fait sous nos yeux. D'où des films d'une niaiserie lamentable comme Transformers, 10 000 BC, Jumper, et je suis prêt à parier que le prochain Speed Racer n'échappera pas à la règle. Lorsque les effets spéciaux sont mis en avant, plus que les acteurs eux mêmes, on obtient jamais de réussite. Rappelez-vous la prélogie Star Wars tout simplement, sans lancer d'interminables débats de fans. Je ne dis pas que les effets spéciaux sont inutiles, loin de là. Les réussites qu'ont été les trilogies du Seigneur des Anneaux, ou encore Pirates des Caraïbes doivent une bonne partie de leur succès à leurs effets spéciaux innovants voire même révolutionnaires. Parfois, le tout numérique devient un prétexte d'ambiance, comme par exemple les adaptations de Frank Miller, Sin City puis 300, et on attend la première réalisation de Miller, l'adaptation du comics The Spirit, qui semble marcher sur les traces de Sin City. D'un point de vue personnel, il me semble que ce procédé a marché pour Sin City, car c'est un film de la lignée Tarantinesque, c'est un film d'acteurs. Les acteurs surjouent et s'amusent et ça se voit. Mais, pour 300, malgré l'effet très séduisant devant un écran de cinéma, il faut avouer que ce n'est qu'un clip. Les acteurs comptent peu, ils ne font que crier afin d'essayer de donner du caractère à leur personnage. Mais tout, la musique, la mise en scène ou les nombreux ralentis rappellent un genre de clip. C'est tout sauf du cinéma. Il n' y a aucun décor et c'est creux. Mais cela arrive à trouver un certain sens dans sa fonction d'adaptation fidèle au roman graphique, et même si l'on cherche plus loin, à savoir que ce n'est qu'imagination d'une histoire contée, d'où un coté fantastique sur une histoire historique. En somme, 300 était une réussite mais à relativiser et n'est en aucun cas un nouveau modèle. J'espère que l'adaptation de l'énorme Watchmen du même réalisateur ne souffrira pas de ces défauts relatifs.
Mais oui, l'image de synthèse à outrance me fait peur. Et je ne comprend pas cet engouement qu'ont certains grands réalisateurs sur ce sujet. Robert Zemeckis a prouvé avec son Pôle Express et son Boewulf que ce procédé n'apportait vraiment rien. On me dira ce qu'on voudra, c'est moche et ça restera moche. Et si un jour on arrive à atteindre la perfection, et bien ce sera la mort de l'acteur. Ce n'est pas une révolution technique, c'est un danger artistique. C'est un procédé qui permet de faire passer la caméra dans les moindres recoins d'une salle virtuelle, des mouvements de caméra impossibles à faire dans la réalité et ce n'est donc pas du cinéma en soi. Juste un sentiment de simplicité. Quand on sait que Spielberg et Peter Jackson vont réaliser ensemble l'adaptation de Tintin, ce qui est en soi une bonne nouvelle, on en vient à se demander pourquoi il veulent utiliser ce même procédé, pour un film, une trilogie, qui ne contiendra aucune grosse scène d'action qui nécessiterait un tel procédé. C'est uniquement un procédé marketing. On aura aussi l'occasion de voir cela dans le très attendu Avatar, le retour du génie James Cameron. Ce film qui s'annonce révolutionnaire donnera peut être tout son sens à ce procédé, on sait jamais, je ne suis pas à l'abris d'une surprise. Mais quand il a annoncé récemment qu'il allait faire un autre film de ce genre mais qui ne serait qu'un simple film romantique ou un truc du genre, il y a de quoi paniquer.
Il faut que le cinéma grand public se remette en question. La surenchère ne mène à rien et les réalisateurs doivent retourner vers un cinéma plus traditionnel. D'ailleurs, de nombreux films de qualité doivent leur réussite au fait d'en montrer le moins possible. Moins on en voit, mieux c'est pour l'imagination. Par exemple, la Guerre des Mondes de Spielberg fonctionne sur un traitement opposé à celui d'Independance Day (que j'affectionne beaucoup, si si) en adoptant un point de vue subjectif. L'excellent Les Fils de l'Homme, marche sur le même style, de même que le sympathique Je suis une Légende. Blair Witch avait lancé un style bien à lui (certes déjà utilisé avant dans des films comme Cannibal Holocaust) et c'est un style qui aujourd'hui, à l'heure de la démocratisation de la vidéo amateur et de youtube, trouve tout son sens. Le très bon Cloverfield (un des rares films à fric réussis ces derniers mois) et REC, en attendant le nouveau Romero surfent sur cette vague là. Je n'inclus pas dans cette mouvance le dernier Brian de Palma, Redacted, car issu d'un tout autre domaine, bien que jouant sur les mêmes principes.
A suivre si un jour jme sens de continuer. A mes millions de fans, ne désespérez pas.
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