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LA VENGEANCE DANS LA PEAU (Critique Cinéma)
9/21/2007 1:07

 

Le choc a été rude : 2 heures de bonheur à se faire retourner les tripes. Il faut bien l'avouer, La vengeance dans la peau est un véritable "bijou". Malgré ses évidentes imperfections esthétiques liées à une réalisation au paroxysme de la tremblotte, l'histoire est tellement solide et interprêtée avec une conviction étonnante par un équipe à laquelle le spectateur s'est attaché que l'on est pris au jeu.

 

Dès ce générique surperposé au logo Universal, on entre dans la danse. La vengeance dans la peau est un peu un mixte des deux précédentes aventures de Bourne. On y retrouve tous les poncifs de la série : la course en voiture, les tueurs redoutables... mais là le film, à la différence du second dont celui-ci est la prolongation directe puisque le film reprend en Russie, se concentre sur l'essentiel : la confrontation directe de Bourne face à la CIA. Il veut en finir de fuir et on le comprend. Et malgré la disparition de nombreux ennemis par le passé, ceux-ci sont encores plus menaçants (c'est au chef à qui il s'en prend indirectement). Ils décident de tout effacer, ce qui comprend Bourne bien sûr. Rappelant donc largement le premier film avec entre autre ces tueurs du gouvernement sélectionnés les uns aprés les autres pour en venir à bout, La vengeance dans la peau s'avère dès le début une conclusion au mythe, n'hésitant pas à user de flash-back du passé de Bourne ou des différents épisodes pour nous prévenir que tout sera dit dans celui-ci. Et c'est encore la psychologie de Bourne, en pleine rédemption, qui veut comprendre ses origines, qui sera le point culminant de cette histoire. Mais cette fois face à ceux qui l'ont fait devenir ce qu'il est désormais. Pourquoi est-il comme ça ? L'a t-on obligé ? Vous le serez dans les dernières minutes du film. Dernières minutes d'ailleurs magnifiées par la musique de Moby et un petit plan final aquatique jubilatoire qui nous laisse entendre que tout n'est peut-être pas fini.

 

Ce qui fait la force de la trilogie, c'est les scènes d'action hallucinantes et stressantes qui ponctuent les histoires. Le film, comme chacun des épisodes, possède son lot de scènes cultes. Dès le début, la scène magistrale de course-poursuite dans la gare de Waterloo, où Bourne tente de connaître la source d'un journaliste qui a publié un article sur lui, met dans l'ambiance. Assomant un à un les agents du gouvernement et évitant chirurgicalement les caméras, Bourne finit par échouer quand un tueur abat le journaliste. Il échouera une seconde fois à Tanger au moment de retrouver cette source, et c'est là que commence certainement "la scène la plus crispante et stressante de la trilogie". Le tueur  a pour mission de s'occuper de Nickie Parson (Julia Stiles). Le spectateur étant attaché à ce personnage depuis le début, le réalisateur nous met les nerfs à vif car il est enfin mis en avant, collaborant avec Bourne dans sa quête de vérité, mais sa vie est mise en jeu. Dès lors, la scène dure et dure, et les échecs successifs de Bourne n'arrangent rien quant à l'appréhension de la résolution de ce conflit. Bourne saute de batiments et batiments. Parson fuit, le tueur s'approchant inexorablement. Mais quand enfin les deux tueurs se rencontrent, nous avons le droit à un vrai combat à main nu digne de la légende bournesque.

 

Retrouver tous ces acteurs est un véritable bonheur. Matt Damon est fidèle à son personnage, restant imperturbable et implacable. Joan Allen dans le rôle de Pamela Landy offre ouvertement le côté positif du gouvernement et se rapproche peu à peu mais irésistiblement de Bourne. Julia Stiles est de retour, et pas pour une apparition comme ce fut le cas dans La mort dans la peau. Cette fois, elle fait vraiment partie de l'histoire, et devient, à l'instar de la défunte dulcinée de Bourne, le personnage féminin à protèger. D'ailleurs son changement de couleur de cheveux est à interprêter comme un hommage au premier épisode. Enfin les nouveaux sont du côté obscur comme David Straithairn qui prend la direction des affaires et poursuit Bourne avec tous les moyens possibles, une apparition du trop absent Scott Glenn dans le rôle du directeur de la CIA, et Albert Finney qui interprête l'homme par qui tout a commencé. Détestables à souhaits, ces personnages complètent une galerie déjà bien fournie de vilains redoutables. A noter une apparition de Scott Atkins qui est selon moi le nouveau Van Damme. Il se fait laminer en quelques secondes par Bourne dans l'appartement de Daniels. C'est bête car il aurait mérité mieux, vu ses capacités physiques exceptionnelles.

 

Le seul regret est cette réalisation épileptique, tremblante, à la limite de l'insupportable pour les yeux. Encore passe l'idée d'un point de vu réaliste dans les scènes d'actions parfois même illisibles, mais pourquoi cette caméra bouge autant lors des scènes de dialogue (voir la scène avec le frère de Marie). Certes, la trilogie Bourne a révolutionné le genre, mais trop, c'est trop. La scène de course-poursuite en voitures passait assez bien finalement dans La mort dans la peau (surtout sur petit écran), mais celle de La vengeance est parfois pratiquement incompréhensible. Mais attention, elle reste quand même exeptionnelle (elle devrait être réhabilité lors d'une deuxième vision). Casino Royale, qui s'est complètement inspiré de Bourne pour le ton réaliste, a gardé, à la différence, une réalisation impeccable qui fait du James Bond un film bien plus agréable à regarder. L'emploi de la caméra à l'épaule trop utilisé de nos jours ne se justifie pas tout le temps. C'est un peu comme l'effet Matrix où le bullet-time était par la suite employé à toutes les sauces. Sans ce bémol, La vengeance dans la peau serait un chef d'oeuvre. Cette vengeance reste toutefois une conclusion de trilogie idéale.

 

Note : 9/10.


Commentaires

Commentaire par mathius au sujet de 9/21/2007 5:21
Ah, la scène dans la gare, j'en pouvait plus moi aussi. Excellent. Et c'est vrai que ce qui sauve les scènes de pousuites, c'est ces quelques plans magnifiques qui font qu'on reste quand même dans l'action.
Je te suis à 100% soudwave.
Commentaire par soundwave au sujet de 9/21/2007 5:15
Bien parti pour être le meilleur film 2007, celui-là. Comme tu le dis, ce troisième épisode est une synthèse parfaite des deux premiers: le scénario béton du premier et la réalisation tendue et nerveuse du second (qui sauve le film, parce que côté scénar, il manque qqch).
Ma compagne trouve également que ca va trop vite, mais pour ma part, je ne trouve pas... Quelques plans sont illisibles, mais ils sont justement entrecoupés par des plans qui le sont moins et je trouve ca terriblement efficace, le fait que mon cerveau doive compenser ces mini-éllipses. Le son est d'ailleurs très utile dans cet exercice (par exemple, on ne voit pas très bien que Bourne fait tomber l'arme de son adversaire mais on l'entend...).

Et puis, je pense que si l'ambiance est si tendue (b***** de m*****, la scène dans la gare de Waterloo, j'ai failli bouffer ma main complète!!), c'est certainement grâce à ces plans "caméras à l'épaule", utilisés même pour les scènes de dialogues pour éviter que la tension ne retombe...

Si Geouf a raison en disant que Greengrass n'égale pas Cuaron, je trouve que Greengrass ne s'en tire pas trop mal, le bougre! ;-)
Commentaire par mathius au sujet de 9/21/2007 3:29
C'est vrai qu'elle est excellente dans les 2 films. On la voit pas souvent d'ailleurs.
Commentaire par Geouf au sujet de 9/21/2007 2:58
ouais, mais je les ai vus qu'une fois chacun...Je me rappelle d'elle dans le 2e, mais pas dans le 1er, j'etais plus concentre sur Franka Potente, sorry !
Commentaire par mathius au sujet de 9/21/2007 2:56
Ca, c'est clair pour Cuaron. J'ai même pas pensé à ce film en écrivant ma critique tellement la mise en scène des Fils de l'homme se marie à merveille avec le film, parfait. Paul Greengrass n'est pas l'expert en la matière, c'est sûr. Et comment t'as pu oublier Julia Stiles dans les premier ?! Je rigole. C'est une pièce centrale de cette trilogie en tout cas.
Commentaire par Geouf au sujet de 9/21/2007 2:48
Plutot d'accord avec tout ca, entre autres au niveau du suspense redontable. Par contre il faudra que je revoie les 2 premiers, parce que j'avais zappe que miss Stiles apparaissait aussi dans le numero 1...
Et d'accord aussi pour le style camera a l'epaule que je trouve gonflant (bien qu'il m'ait moins derange ici que dans La Mort dans la Peau). C'est la nouvelle mode mais c'est chiant quand c'est pas maitirse. Et d'ailleurs je ne pense pas que Greengrass soit celui qui le maitrise le mieux. Pour moi c'est plutot Cuaron dans son sublime Les Fils de l'Homme...


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