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Cannes 2008: Le Départ (News)
5/19/2008 5:13

Voilà, on y est. Je ne pensais pas finir mon blog sur mon coup de coeur pour JUNO. Et cet article semble le moyen parfait de clôre tout un chapitre de critiques de ma vie, et de vous dire au revoir à tous. Je ne l'avais pas fait car personne ne l'avait remarqué, mais comme j'ai des choses à raconter sur mon voyage à Cannes, je me décide à regrouper les deux. Un an après ma rencontre avec Tarantino (pour ceux qui s'en souviennent), je me suis décidé à repartir sur la Croisette pour voir et parler à Spielberg, mon Dieu vivant, le plus grand réalisateur de tout les temps, le génie ultime pour moi. Ce fut la seule raison qui m'a poussé une fois encore à partir dans le Sud à la recherche du bonhomme.

 

Les premières heures passent et Cannes apparaît comme l'endroit rêvé pour déclarer avec passion et sourire son amour pour certains. Danny Glover, Simon Pegg, Fernando Mereilles, Alfonso Cuaron, Jocelyn Quivrin, Nicolas Duvauchelle sont ceux qui m'ont entendu parler de leurs films avec amour et semblent bien l'avoir pris, aucun n'ayant la grosse tête ou l'impression de redite. Je dois être le seul à avoir repéré parmi les Danny Brillant et compagnie adulés par le public de paparazzos dehors l'acteur de SHAUN OF THE DEAD et HOT FUZZ, venu présenter son prochain film dans l'anonymat complet. Tout le contraire de Woody Allen, impossible à approcher. En attendant, je retrouve quelques vieilles connaissances. Les Productions du Trésor sont là et Eric & Ramzy viennent parler de SEULS TWO, film que j'ai eu la chance d'entendre parler il y a un an durant leur toute première interview sur le sujet. Ils sont toujours aussi drôles, sympathiques et chaleureux, malgré les questions débiles d'adolescents retardés lors de la Masterclass ("Ouais vas-y tu fais quoi ce soir Eric ?"). Didier Allouch aussi, que je retrouve après l'interview de l'année dernière qu'il avait beaucoup aimer relire. Mais mon attention n'est pas là.

 

Mais le Samedi arrive à grand pas, et je crains le pire tant Spielberg paraît inacessible. A la différence de John Hurt ou Ray Winstone qui passent totalement inaperçu aux yeux de tous (et je suis dégoûté de ne pas avoir réagi à temps pour aller leur parler), Spielberg et Lucas sont toujours surprotégés. Tout comme Harrisson Ford qui apparaît et disparaît comme son ombre dans le lobby du Carlton. En attendant, il faut se rabattre sur l'autre homme que je voulais impérativement voir: Shia LaBeouf. C'est avec Emile Hirsch le jeune acteur que j'admire le plus depuis bien longtemps. L'acteur est un grand, un type qui a l'air aussi formidable que sympa, et qui est totalement ignoré par tout le monde quand il traverse les couloirs des hôtels. Aux Etats-Unis, l'emploi d'un garde du corps semble utile. Ici, rien à faire: tout le monde s'en balance alors qu'il est le prochain immense acteur américain. Ma rencontre reste un immense sketch digne de BEAN: l'acteur se rend au cocktail du film avant d'aller en soirée (le même soir que Le Grand Journal où il n'est pas convié...) et en ressort sans que je m'en rende compte, ayant chercher à lui parler toute la journée. Lorsqu'il va aux toilettes, il laisse son garde du corps à l'entrée. C'est ma chance. Le problème est que LaBeouf ne ferme pas la porte de ses toilettes et me repousse lorsque je pense entrer dans des toilettes vides. Pendant les quelques secondes de solitude, je me dis que Shia est précisément dans ces toilettes. Et c'est exact, l'acteur en ressort un peu mécontent. Je m'excuse, il sourit. Mais je n'entre même pas aux toilettes pour faire genre, j'attend les bras croisés en le regardant dans la vitre, comme un con qui attend sa victime à tuer. Je prie pour que personne ne vienne alors qu'il se lave les mains très lentement. Heureusement, j'ai le temps dans le couloir menant à son garde du corps de lui dire combien je suis fan et combien j'adore ses deux apparitions au SNL. Il me remercie et me serre la main, puis veut me lancer une dernière phrase gentiment...sauf que je suis entré aux toilettes à ce moment là et que je n'ai rien entendu. Cette scène est déjà culte dans ma tête, vous la reverrez dans un de mes hypothétiques films.

 

Samedi, c'est la dernière possibilité de parler à Spielberg. Il m'est déjà passé devant de nombreuses fois dans le lobby du Carlton, hôtel où il réside, et beaucoup moins convivial que le reste: il est ultra protégé comme le sont Woody Allen et Penelope Cruz. Je l'annonce d'ores et déjà: il est impossible de le faire quand on est un petit adolescent pris pour de la merde par les attachés de presse, qui a 18 ans et qui pense pouvoir faire ce que personne n'a fait pour l'instant sur la Croisette. Croyez-moi, Spielberg est mon Dieu, et si j'avais pu, je l'aurais fait. Mais c'était juste une situation impossible: Spielberg passe très vite avec Ford dans les coulisses du Grand Journal pour arriver sur le plateau à 19h. Je l'observe d'assez près, totalement envoûté par sa voix et son regard. Je vénère définitivement ce type, aussi discret que drôle. Mais le must reste l'après émission, lorsque tout le monde prend en photo le duo qui attend que la voiture arrive dans les loges. Là, je réussis je ne sais pas comment à me glisser derrière eux deux. Je suis à deux centimètres, sans exagération. L'attachée de presse pense que ej vais demander un autographe. Je fais signe que non, mais elle m'observe. Je sais que je ne pourrais rien faire avec elle. Donc je vais la voir, lui demandant si je peux parler 1 seconde avec "Steven". Elle me répond que non. Je reste donc là, 5 minutes, à regarder Spielberg blaguer avec son acteur, à les regarder en train de regarder le tapis rogue à la télévision. Puis Spielberg me voit. Il sait que j'atten quelque chose, il me souris. Nos regards se croisent. La voiture arrive, ils partent. Je ne m'en remet pas. C'est tout ce que je peux dire: rien que de le voir, de pouvoir l'entendre véritablement, a tout bouleversé, a tout changé. Je ne pourrais jamais écouter une interview ou lire une de ses phrases sans me rappeller ce moment. Un court instant qui me dit que, 2 ans de suite, j'ai une putain de chance.

 

Voilà, ce sont probablement mes derniers mots. Je n'ai pas arrêté d'écrire, loin de là. Mais je me sens honteux d'avoir piqué les "critiques en vrac" de Geouf, donc je ne les poste pas ici. Pour ceux qui veulent continuer à me lire, aller sur www.myspace.com/tib20011. Pareil pour ceux qui veulent voir et massacrer mes nouvelles réalisations au nombre de trois courts-métrages. Pour les autres, ce fut un réel plaisir d'être sur les Blogorama. Moins sur les DVDRama IN où le sexe et les news sont devenus aussi importants que les avis personnels, les critiques constructives et les débats amusants. Salut Sien, Oreo, Geouf, Jerem, Ber, Budd, Howie, Lextat et les autres.

 


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Coup de Coeur: "Juno" de Jason Reitman (Critique Cinéma)
2/11/2008 9:46


Pour ceux qui attendaient réellement JUNO du fond de leurs tripes, la sortie du film au début du mois était une véritable libération. Je dis réellement car cela fait toujours mal de voir comment un simple petit buzz oblige les critiques et le public à s’intéresser à un film dont ils se seraient moqués s’il n’avait pas cartonné au box-office américain lors de la sortie. A la manière d’un GARDEN STATE et d’un LITTLE MISS SUNSHINE (auquel JUNO est rapproché on ne sait pas du tout pourquoi – mis à part la politique commerciale de Fox Searchlight), tout le monde commence à donner son avis, à créer des polémiques absolument risibles, oubliant même de connaître le projet : il faut juste citer JUNO dans la conversation car c’est super cool comme film. Pour ceux-là, voilà pourquoi le film était l’une de mes plus grosses attentes de ce début d’année depuis des lustres. Tout simplement car il s’agit du second long-métrage de Jason Reitman, auteur d’un THANK YOU FOR SMOKING superbe sur toute la ligne et qui supporte de mieux en mieux les visions. Un projet écrit par une scénariste ancienne strip-teaseuse qui doit faire ses essais avant de diriger un film de plus grande envergure, et qui utilise son lien à la Fox pour monter ce petit bout de vie nommé JUNO. Derrière son image de film « hype », de film à Oscars ou de phénomène de société, il s’agit en fait d’un film très simple mais particulièrement original malgré l’apparente connexion aux teen-movies peu glamours. Un film qui parle vrai, qui touche, qui met les larmes aux yeux, agissant comme une véritable délivrance dans le fan qui sommeille en nous. C’est effectivement tout ce qu’a dit la presse et que les spectateurs confirment : un véritable bijou issu d’un studio indépendant qui réitère l’exploit d’être original et décalé sans pour autant copier Wes Anderson & Cie. Un véritable coup de cœur quoi.

Tout a commencé par un fauteuil nous chuchote Juno MacGuff, adolescente de 16 ans profondément différente. Voilà quelque temps, elle s’ennuyait et a couché avec son meilleur ami qui a le béguin pour elle depuis toujours. Le problème est qu’elle est aujourd’hui enceinte de ce Paulie Bleeker. Commence alors une longue aventure où Juno, après avoir décidé de garder le bébé, entame les démarches d’adoption nécessaires pour un gentil couple aisé.

JUNO peut être caricaturé comme l’énième film décalé et original du mois, mais c’est pourtant ce qu’il est sans chercher à l’être. Diablo Cordy et Jason Reitman ne font pas de l’indé US typique juste pour le plaisir de passer à Sundance et de faire un carton. Ils sont ce qu’ils sont, des auteurs indépendants, mais ne font pas un film qui cherche à l’être : ils parlent avant tout de son héroïne Juno, un petit bout de fille comme on en voit peu souvent sur grand écran. Plus qu’originale, Juno étonne de bout en bout du métrage grâce à une écriture littéralement parfaite et une répartie hilarante. Un timbre de voix presque sombre, un ton ironique et cassant pour tout son entourage, une sorte de vulgarité adorable de naïveté qui contraste totalement avec le milieu qu’elle fréquente, et qui a une vision bien spécifique de son lycée même s’il se garde bien de faire de longues tirades sur la difficulté de la vie là-bas. Mais le film prend le pari de n’abandonner aucune piste, ne sautant aucune étape dans la vie de Juno qui tombe donc enceinte et qui ne sait pas quoi faire, vannée par sa meilleure amie purement stéréotypée (la belle un peu conne qui meurt d’envie de se faire un professeur d’histoire – comme toutes les pom-pom girls aujourd’hui) et repoussant pourtant sans cesse les avances d’un Bleeker touchant. Jamais totalement ensembles depuis qu’ils ont couché ensemble, ce faux couple se perd petit à petit, Juno ne se rendant pas compte de l’intérêt que porte Bleeker pour elle, et le vannant à chaque fois qu’il tente de lui dire qu’il veut rester avec elle dans cette étape. Les deux n’arrivent pas à se cerner, et Juno ne se rend même pas compte du mal qu’elle lui inflige au quotidien, se réveillant au moment où il tente de se sortir de là et d’inviter une autre fille au bal de fin d’année. Oubliant toute pseudo-polémique dès le début du film (Juno veut garder le bébé, ça vous pose un problème ?) et abordant le tout avec un très grand réalisme (que ce soit dans les scènes de sexe ou les engueulades quotidiennes du personnage), notre héroïne est donc vue au quotidien, exposant parfois certaines de ses pensées en voix-off très crue (elle imagine sans cesse les coureurs de son lycée nus) et des répliques immédiatement cultes (« Non, c’est Morgan Freeman. Vous avez des os à collecter ? » ou encore « Vous auriez dû aller en Chine, là-bas ils distribuent les bébés comme des iPod »). Le tout ne perdant pas de vue la grossesse de notre héroïne (partagée en différentes saisons) et surtout la famille d’accueil choisie pour son bébé.

Encore plus que dans la première partie qui n’est juste qu’un point de départ au métrage (que faire dans ces cas-là ?), l’intervention de ce couple apparemment heureux et mais qui cache des secrets bien plus lourds permet de mettre en relation les deux situations familiales du métrage et d’apporter une touche très éloignée des clichés du genre. Avec une femme maniaque qui veut à tout prix faire bonne impression car elle ne veut pas être abandonné au dernier moment, et un mari qui vit dans son adolescence en jouant de la guitare tout en obéissant au doigt et à l’œil aux volontés de sa  femme, ce couple apparaît clairement comme quelque chose de différent et d’unique au sein d’un long-métrage. Tout aussi pudique que le reste, Reitman aborde même la question de l’amour (et de la fascination) entre la jeune Juno et le mari Mark, les deux se rapprochant sans s’en rendre compte l’un de l’autre. On craint qu’il se passe quelque chose pour l’héroïne, mais plus parce qu’on a envie de la voir avec Bleeker que parce qu’il s’agit d’une mineure avec un trentenaire véritablement amoureux d’elle (« Tu n’es qu’une adolescente » est déclencheur). C’est aussi un moyen de mettre en exergue les problèmes de ce couple où la femme s’oblige à être prêt pour avoir un enfant, et où le mari recule et n’assume pas du tout son rôle de père. Geek devant l’éternel et fan de Herschell Gordon Lewis, il est immature et ne veut pas changer pour autant. En opposition, la famille de Juno est tout ce qu’il y a de plus respectueuse de la réalité, ne se prenant pas du tout la tête avec les éternels conflits avec la belle-mère (une femme étonnante au demeurant) ou l’éloignement avec un père légèrement à côté de la plaque mais très attendrissant. Les deux sont en tout cas parfaitement compréhensibles, cernant le problème de leur fille et ne perdant pas de temps à la punir pour ce qu’elle a fait. Ils veulent préparer cet événement avec la plus grande attention possible, offrant une vision de la famille aussi simple que réaliste, comme l’ensemble des personnages le sont au niveau du métrage. Il y a définitivement un talent d’écriture chez Diablo Cody qui nous offre un film sans cesse étonnant et qui ne s’enfonce jamais dans des portes déjà ouvertes. Ce serait finalement le second modèle de « teen-movie » à prendre pour des années à venir après SUPERBAD qui était porté sur les garçons et le sexe. Ici, c’est en quelque sorte l’adolescence féminine et la maternité prématurée.

Mais le film est aussi une œuvre aussi sensible que touchante, véritablement transposé à l’écran par le talent monstre de ce cher Jason Reitman qui mérite tous les éloges du monde. Il transforme une simple réalité en quelque chose de particulièrement poétique, s’attardant parfois sur des détails amusants ou sur des scènes plus que émouvantes, faisant la part belle entre les émotions et l’humour constant de tout le métrage. En résulte un film qui fait beaucoup de bien grâce à toutes ces petites touches : une belle-mère qui collectionne tout sur les chiens alors qu’elle n’en a pas, un Bleeker mangeant constamment des tic-tac et qui explose les records du lycée en matière de course avant d’aller rendre visite à Juno, une mère encore trahie au dernier moment qui reçoit l’un des mots les plus émouvants jamais écrit, une réceptionniste de clinique obsédée sexuelle qui propose des préservatifs qui sentent la tarte, une petite pique sur les « freaks » des lycées qui attirent toujours les plus beaux par leur complexité, et même un gérant de superette à l’accent incompréhensible qui vanne notre héroïne dès le début du film. Le tout bercé dans une ambiance musicale de toute beauté étant donné que la bande-originale est exceptionnelle, supervisée par Kimya Dawson et ses airs de guitare entraînants, et laissant place à un dernier plan-séquence à pleurer de joie sur la reprise de ANYONE ELSE BUT YOU par Paulie et Juno. Une des scènes qui reste gravée dans la mémoire du spectateur car elle est à la fois très simple mais résume parfaitement la quête de Juno qui n’était pas d’accoucher mais de trouver quelqu’un qui puisse enfin s’occuper d’elle. Et il était sous son nez depuis le début. C’est simple mais qu’est ce que c’est touchant.

Apparemment nouvelle coqueluche de Hollywood (qui est même appelé « Juno » quand ses nouveaux projets sont annoncés), Ellen Page est enfin reconnu à la hauteur de son talent de toujours. Faisant toujours des choix décalés qui lui ressemblent (même si elle est totalement sous-exploitée en Kitty dans X-MEN 3) et des défis aussi bien physiques que moraux, elle est absolument resplendissante en jeune ado enceinte jusqu’au bout des ongles, nous faisant vivre 1h30 de folie attachante puisque le personnage de Juno est profondément proche du spectateur de tout âge. Tout simplement son meilleur rôle qui vient juste après la claque HARD CANDY où elle utilisait cette même candeur pour des desseins différents. Sans oublier sa participation à la série REGENESIS et l’inédit MOUTH TO MOUTH, véritable choc où elle est définitivement flippante. L’Oscar lui reviendra de droit d’ici quelques années en vu du nombre de projets exaltants auxquels elle est attachée. Face à elle, Michael Cera nous ressort son grand rôle de benêt un peu ressemblant à ses hilarantes performances dans ARRESTED DEVELOPMENT et SUPERBAD, mais ici avec un ton un peu plus grave et pessimiste au milieu du film, totalement abandonné et énervé contre une Juno qui ne voit pas le mal qu’elle lui inflige au quotidien (« - J’ai encore ta culotte. – J’ai encore ta virginité » par exemple). J’adore définitivement ce jeune acteur plus que prometteur, déjà confirmé et en partance pour devenir un grand lui aussi. Deux talents auxquels vient s’ajouter Olivia Thirlby qui commence à être révélé au grand public avec SI J’ETAITS TOI de Vincent Perez. Un petit bout de femme amusante et outrageante dans toutes ses apparitions, en meilleure amie tout aussi décalée et fun que Juno. Le reste est une succession de petits bonheurs. D’abord parce que les vétérans J.K. Simmons (Jameson dans SPIDER-MAN mais aussi le boss autoritaire dans THANK YOU FOR SMOKING) et Allison Janney (HAIRSPRAY) obtiennent des rôles réellement à la hauteur de leurs talents. Mais aussi parce que, même si on attendait beaucoup du génial Jason Bateman (ARRESTED DEVELOPMENT, THE EX, THE KINGDOM), c’est avant tout Jennifer Garner qui étonne avec une classe et une sobriété déstabilisantes en vue de ses prestations risibles dans ALIAS, 30 ANS SINON RIEN et ELEKTRA. Elle se fait définitivement une seconde carrière étonnante avec le très bon CATCH & RELEASE (qui restait très classique cependant) et surtout THE KINGDOM où elle s’en prenait plein la tronche dans la dernière séquence. Sans oublier trois petits rôles/caméos plutôt amusants  de Rainn Wilson (THE OFFICE) en gérant de superette, Emily Perkins (la trilogie GINGER SNAPS) en réceptionniste décalée et Cameron Bright (le fils dans THANK YOU FOR SMOKING) en « nerd » de service.

JUNO est donc définitivement un énorme coup de cœur de ma part, que je serai prêt à défendre comme j’ai été enchanté à la même époque par le génial STRANGER THAN FICTION l’année dernière. Un film beau, simple, réaliste et efficace, qui nous parle sans aucun tabou et sans aucune gêne d’un événement incroyable dans la vie d’une adolescente déjà bien barrée. En route pour les Oscars et tout un tas d’autres récompenses, cet « outsider » mérite plus qu’un simple coup d’œil. Il suffit de le voir pour l’adhérer totalement. Et ce genre de film est très rare aujourd’hui. C’est pour ça que je lui mets une note ultime, car c’est un morceau de cinéma dont je ne me lasserais jamais.

Note : 10/10

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Wait and Watch: "Seul" de Etienne Muller (Critique Cinéma)
2/9/2008 11:22


Etienne Muller aka Ohm. En somme, une légende vivante des blogs de Dvdrama. Un fan de films de genre dévoué à la cause qui a sûrement réalisé le plus gros défi de tous les courts-métrages amateurs visibles sur la plate-forme : financé et réalisé lui-même un film de zombies en nous faisant partager les moindres recoins d’une production mouvementée. Etienne Muller était donc le seul à nous faire partager ses impressions sur le tournage, ses attentes, ses problèmes, ses premières images, ses récapitulatifs, ses choix d’affiches et la participation manquée à plusieurs festivals. Un projet passionnant nommé « Seul » (attention au copyright) qui nous a tous donné envie de voir le film. Par nous, j’entends bien sûr l’ensemble des blogueurs qui ont posé des avis positifs et des réactions suite aux messages d’un réalisateur parfois désabusé mais qui n’a jamais manqué de nous donner ses véritables impressions sur un projet qu’il a dans les tripes depuis des années. Et c’est avec un plaisir sans nom que je me vois donner la première critique du film et du dvd collector de ce fameux « Seul » qu’il aura fallu attendre encore et encore pendant plus d’un an.

Un personnage armé jusqu’au dent, fusil caché sous le manteau, entre dans une maison apparemment inhabitée qu’il semble bien connaître. Explorant les lieux dans la noirceur d’une nuit mouvementée, il découvre petit à petit les habitants des lieux qui se révèlent être des zombies. Pire encore, il doit faire face à un boucher cannibale énigmatique qui hante les couloirs à la recherche de proies humaines. Voilà comment résumer les 19 minutes d’un court-métrage très loin des propos désarmants de Etienne Muller qui annonçait de sa bouche que le film était quelque peu loupé et décevant. Forcément, pour un film qui lui a demandé des années de sa vie et une implication financière totale (en collaboration avec sa fiancée), le résultat doit lui paraître illusoire. Et pourtant, « Seul » est bel et bien un petit film d’horreur très efficace qui doit d’abord à la maîtrise technique de Muller qui signe une photographie et une réalisation des plus soignées, le tout dans un 16/9 écrasant qui donne toute l’ampleur aux décours et aux mouvements de caméra faits maisons. On s’étonne de voir la propreté d’une image qui a subi des semaines d’étalonnage numérique (le plus gros morceau de post-production), de travellings sur chariots dans une forêt avec une lumière naturelle parfaite, et un choix du décor classique (la fameuse maison abandonnée) qui est plus centrée sur la famille que sur la terreur. Il y a donc véritablement une claque visuelle derrière ce simple court-métrage, le film nous entraînant dans des atmosphères sonores et graphiques variées et toutes très travaillées, de la salle du boucher à une introduction volontairement rétro. Plus étonnant encore, « Seul » bénéficie de deux génériques absolument sublimes de bout en bout, et je ne mâche pas mes mots. Celui d’ouverture, basé sur des dessins amusants qui racontent la fuite de deux enfants suite à la transformation de leur parent, laisse place à une musique extraordinaire d’un compositeur aussi talentueux qui l’animateur qui nous offre une énorme dose de bonheur à la vue de ce générique qui raconte réellement quelque chose tout en étant soigné. Quand à celui de fin, il éclate totalement la montée des éternels crédits sur fond noir pour nous offrir quelque chose de plus vibrant et de plus saturé. Comme tout le film en fait.

Mais derrière cet aspect technique se cache surtout un bel exercice scénaristique qui tourne un peu à vide dans la première partie et dans ses dialogues plats (les acteurs sont crédibles sauf quand ils parlent, dommage) mais qui donne de la valeur au décor et aux affrontements avec les zombies. Courts mais efficaces, on peut regretter une utilisation des armes à feu un peu trop rudimentaires (quoi que la version longue d’une petite minute seulement et le making-of expliquent clairement les raisons des ajouts et retraits) mais qui ont le mérite de mettre en valeur un maquillage gore hors pair qui fait réellement professionnel. Ils sont tout simplement dignes d’une série B à gros budget, et je ne dis pas ça pour chanter les louanges de Muller : le film a ses défauts (un homme marche pendant trois plombes dans des couloirs), mais la qualité des effets gores et des zombies présents à l’écran pardonne les quelques écarts de montage « cut » lorsque le boucher arrive. De plus, le montage alterné entre la découverte de la maison (et de restes humains) et la torture d’une nouvelle victime (jouée par notre Zeke, doublure officielle de Eli Roth) par un féroce cannibale (dans la lignée des grosses brutes façon Leatherface) offre un peu plus de punch au métrage, offrant aussi une sous lecture jamais foireuse qui se concentre sur deux frères qui ont pris des chemins différents et qui sont depuis toujours voués à mourir. Sans être un twist final, cette petite révélation ajoute une touche d’implicite bienvenue au métrage, et donnant à la dernière scène du film un sens tragique touchant. Comme quoi, on peut aussi faire simple et intelligent avec pas grand-chose.

Mais ce qu’il faut surtout posséder en plus du film et d’une version longue que l’on aurait aimé un peu plus jusqu’en boutiste ou tout simplement présentée au spectateur, c’est ce dvd collector exceptionnel puisqu’il nous offre un morceau de choix essentiel. Il s’agit, bien entendu du fameux making-of dont la durée totale atteint ni plus ni moins les 1h30. Séparé sur les deux disques du coffret, le making-of aborde de manière simple et concise tout les aspects de la production de « Seul ». Avec un chapitrage très clair et classique, on suit donc les propos d’un Etienne Muller peu à l’aise face caméra (faut dire qu’il semble récité un texte vu qu’il est tout seul en faisant mine d’être interviewé) mais réellement passionnant dans toutes ses explications, éclairant un peu les raisons du coût global du film (échafaudages, matériel, maquillages, lumières, locations en tout genre, …) et sur ses quelques regrets en cours de route. Sans être pour autant pessimiste, le documentaire alterne donc le discours de Muller quasi-continu avec des images d’un tournage  très rapide (3 jours seulement) et détendu, qui propose de découvrir un peu plus sur la fabrication des effets maisons mais surtout de la réinterprétation du scénario selon le temps imparti. On sent les déceptions et tensions lorsque l’équipe doit abandonner le combat final épique entre Alexandre Renaud et le cannibale imposant, laissant ce goût inachevé dans la version retenue pour le montage final. Sans langue de bois ni propos à la con (pas de « Etienne Muller est le génie ultime », c’est à nous de le dire maintenant), il s’agit juste d’un bonus essentiel pour comprendre les aspects de production d’un tel film, qui ne cache rien et qui rend surtout hommage à toute l’équipe du film qui a travaillé très dur pour être fière du résultat final. Et franchement, ils devraient l’être. On peut seulement regretter que face à ce morceau de choix, on ne trouve pas le commentaire audio pourtant bel et bien enregistré par le réalisateur ni la comparaison film/story-board (les simples dessins du générique étaient déjà jouissifs), juste un diaporama d’images du tournage et  d’affiches ainsi que les bandes-annonces que l’on a pu voir sur le blog de Ohm.

Difficile de cacher sa joie face au résultat final qui fait plaisir : notre cher Ohm, le type qui nous a renseigné et qui nous a fait aimé tous ses articles sur son fameux film, est un réalisateur doué qui signe un film d’horreur efficace. Non exempt de défauts, il est dur cependant de reprocher quoi que ce soit, pas pour faire les hypocrites mais juste pour l’encourager encore plus à continuer dans cette voix. La technique, il l’a dans le sang. Il suffit d’un sujet totalement transcendant pour qu’il se fasse remarquer. Je finirai par m’adresser directement à lui ; Etienne, désolé du retard que j’ai mis à écrire cet article, mais « Seul » m’a réellement motivé. Merci infiniment pour ce collector que je suis le premier à pouvoir palper. J’espère que tu apprécieras.

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"Astérix aux Jeux Olympiques" - "Les Liens du Sang" - "Things We Lost in th (Critique Cinéma)
2/8/2008 11:55



« Astérix aux Jeux Olympiques » de Thomas Langmann & Frédéric Forestier
Note : 1/10


Il y a un an, TAXI 4 frappait le box-office un grand coup tout en étant la plus grosse bouse française de 2007. Comme on ne change pas une recette qui gagne, voilà que débarque sur nos écrans le « très » attendu ASTERIX AUX JEUX OLYMPIQUES. Pourquoi aussi attendu ? Parce que d’abord, ASTERIX & OBELIX MISSION CLEOPATRE, le précédent volet, avait explosé les records en son temps. Alain Chabat prouvait qu’Astérix sur grand écran n’était pas ringard et lamentable comme dans ASTERIX & OBELIX CONTRE CESAR, mais aussi parce qu’il s’agissait d’un auteur comique exemplaire qui insufflait bon nombre de nouveautés dans les comédies françaises typiques. J’ai bien dit auteur car c’est visiblement le problème qui se pose entre le deuxième et le troisième volet : Alain Chabat étant aujourd’hui totalement décrié pour avoir fait un film « à l’humour Canal et Les Nuls » (la plus grosse qualité du métrage d’ailleurs), les deux producteurs ont choisi de réaliser eux-mêmes un film dont le budget dépassera tous les records français. C’est d’ailleurs le seul argument de vente des déconcertants Thomas Langmann et Frédéric Forestier (réalisateur du BOULET et des PARRAINS quand même), qui n’avaient auparavant jamais vraiment pris de risque à part sur quelques projets à venir (et sur le génial STEAK). Deux producteurs plus que deux réalisateurs qui en plus s’attribuent le scénario et l’adaptation d’un volume plutôt amusant de la saga Astérix faisant immédiatement référence aux 12 travaux d’Hercules détournés. Si la BD était comme toute les autres dans la grande tradition de son héros principal, ASTERIX AUX JEUX OLYMPIQUES est aussi comme on l’attendait tous : un film absolument pathétique, immédiatement ringard et catastrophique sur toute la ligne. Et ça fait vraiment du mal de voir que, malgré un bouche-à-oreille chaotique, il arrive encore à attirer 3 millions de spectateurs dans les salles. Comme LES BRONZES 3 et TAXI 4 en fait, et comme toutes les suites à succès ratées qui vont suivre.

Alafolix tombe amoureux de la princesse Irina promise à Brutus, le fils de César. Enragée par le comportement de ce dernier et son amour pour le Gaulois, la princesse promet de se marier avec le gagnant des prochains Jeux Olympiques qui auront lieu sur ses terres. Véritable défi pour les deux hommes, c’est ainsi que les Gaulois débarquent aux Jeux pour mettre à mal les plans des Romains.

Ce qu’il faut savoir d’abord, c’est que derrière cette apparente intrigue un peu tirée par-ci par-là de la bande dessinée originale se cache en fait ce que l’on appelle le plus gros fourre-tout du cinéma français. En plus d’y retrouver n’importe quoi, on y trouve donc de tout, bien malheureusement. A commencer par une intrigue traitée totalement par-dessus la jambe, se concentrant d’abord sur un héros exécrable (Alafolix qui tombe dans chacune de ses scènes parce que les gags c’est drôle) pour vaguement parler du départ de Astérix et Obélix de leur Gaule natale, et finalement traitant de tout les personnages assez cons pour faire rire le spectateur. Nos deux personnages principaux sont donc traités d’une manière déconcertante, n’ayant pas de scènes de plus de 5 minutes, et servant juste de moyen à présenter les Jeux Olympiques ou tout du moins le fameux Brutus. Le teaser original (repris dans le film, comme-ci on en avait pas ras le bol de le voir en boucle depuis 5 mois) avait donc raison : il s’agit bien là de BRUTUS AUX JEUX OLYMPIQUES plus qu’autre chose, le fils de César ayant l’intrigue la plus conne et la plus développée du récit, multipliant les gags et les retournements de situation magnifiquement bien scénarisés par de gros tâcherons qui visiblement ne connaissent rien à la construction d’un récit. Plantant leurs décors n’importent où pour n’importe quelle raison, on se retrouve même à se demander ce que viennent faire les Jeux Olympiques dans les 2 heures de métrage. On nous montre trois épreuves tout au plus, largement écourtées, et puis basta, les Gaulois étant renvoyés de la compétition pour avoir pris de la potion magique. Ça c’est fort puisque toutes les épreuves sont passées sous silence jusqu’à une course de char interminable. On se fout royalement de tout ce qui se passe à l’écran puisque c’est digne d’une histoire d’un enfant de CE2 qui ne sait pas vraiment quoi faire avec tous ses petits bonhommes. Alors il les met dans n’importe quelle situation pour faire joli et faire rire le spectateur de moins de 10 ans. Sans compter un ramassis de stéréotypes lourdingues et de séquences qui font réellement pitié, surtout celles où les pauvres Astérix et Obélix tentent de revenir à l’écran à grands coups de gags poussifs à souhait.

Il faut bien reconnaître que chaque personnage ayant un schéma gros comme le cachet des acteurs, on a tout sauf une grande originalité au long du film. Avec sa pléiade de seconds rôles encombrants et de caméos vides de sens, on se sent alors véritablement gêné de voir à quel point Langmann et Foréstier nous prennent pour des cons. Astérix et Obélix obtiennent le même temps à l’écran que le ménestrel Assurancetourix et que Alafolix qui est définitivement l’homme à abattre. Mais ce n’est rien puisque les gauloins n’occupent que le tiers du scénario du film, laissant la part belle aux intrigues saugrenues (et c’est péjoratif) de Brutus qui veut absolument tuer César et qui utilise quelques assistants pour y parvenir. Voulant écarteler tout le monde, le personnage devient vite totalement épuisant, tournant dans le vide et cabotinant avec le tueur professionnel Couverdepus qui crée des pièges nazes (un miroir qui tuera le testeur de miroir), le mage Docteurmabus (quel jeu de mot) qui lui confiera quelques secrets pour empoisonner son père, et s’encombrant de soldats inutiles et pas drôles (le muet Pasunmotdeplus). Une sous-intrigue aussi vaine que celle des Jeux Olympiques dont on se contrefout. Le pire est que le spectateur sort de la salle avec l’impression de ne rien avoir vu, étant donné qu’il ne se passe globalement rien de tout le film. Un gag est suivi d’un rebondissement lourdingue qui remet les Jeux au centre du récit pour finalement retomber à plat dans des scènes intermédiaires aussi peu épiques qu’une course finale encore plus inutile que le reste. Franchement, un spectacle comme celui-ci, on a juste envie de lui cracher à la figure. Surtout lorsque les références pompeuses (le sabre Jedi manié pendant des secondes…d’accord) et les noms ratés (rajoutons « Ix » et « Us » à tout les jeux de mots) sont de plus en plus présentes.

Les acteurs, parlons-en maintenant. Mais que dire de concret en fait ? Jamais je n’aurai pensé pouvoir dire que Clovis Cornillac, que je défends depuis toujours (surtout depuis EDEN LOG maintenant), est un piètre descendant de Christian Clavier dans le rôle de Astérix. Il gueule, débite des dialogues nonsensiques et jamais drôles, et écarte les jambes dans toutes ses apparitions avec un sourire insupportable. Gérard Depardieu, le seul acteur dans son rôle, n’a aucune séquence mémorable et n’est là qu’en bon faire-valoir au cas où les scénaristes ne sauraient pas finir une scène (voir la montée au balcon de Brutus). Benoît Poelvoorde fait rire à trois reprises (lorsqu’il se met à chanter des airs très connus et sa réplique « Ca roulait bien » très naturelle) mais est exténuant, frôlant le pétage de plomb dans chacune de ses scènes. Totalement mis en avant par le montage et le scénario, Brutus devient petit à petit l’un des plus gros défauts du film, le personnage étant déjà une reprise du caractère de Darmon dans MISSION CLEOPATRE, qui tente de déjouer les plans de tout le monde sans aucun tact. Et forcément, s’il apparaît pendant 1h30, on frôle l’overdose la plus totale. L’acteur était pourtant si juste dans COW BOY. Peut-être qu’un vrai réalisateur sur le plateau aurait été judicieux. Rajoutant dans le sac des comiques pas drôles (Stéphane Rousseau), des filles qui n’ont rien à faire là (Vanessa Hessler, très grande actrice de la pub ALICE et apparemment doublée dans le film) et des légendes qui déçoivent (Alain Delon et son monologue soi disant culte – en fait il cite juste 3 films qu’il a fait devant un miroir, qu’est ce que c’est marrant), le pire est bel et bien atteint dans une succession de seconds rôles incarnés par des stars médiatisés qui ne font pas rire. Franck Dubosc n’a pas une blague drôle, Francis Lalanne l’accompagne en souriant, Elie Semoun dont je suis grand fan est juste nul à chier, Jean-Pierre Cassel est un piètre Panoramix, Adriana Karembeu fait coucou, Dany Brillant aussi, José Garcia est lamentable et cabotine jusqu’à la mort, tandis que les Romains laissent quelques surpris de taille (Jean Pierre Cassel se fait démonter en trois coups de poing, Jérôme le Banner tente de croire ne ses répliques). Le must étant rajouté par l’arrivée de Jean Todt et Michael Schumacher doublés en français (c’est culte et hilarant de connerie) pour la course de char, et une fin qui oublie tout les enjeux du métrage pour laisser place à un Jamel Debbouze plaisant lorsqu’il parle à un Zinedine Zidane qui ne se prend pas du tout au sérieux, tout le contraire de Amélie Moresmo (« Coucou je souris comme une mongole quand je tape dans la balle ») et du grand chanteur Tony Parker qui improvise des pas au basket (oui il est basketteur aussi). Le seul qui tire son épingle du jeu ? Alexandre Astier en garde improbable. Et dire je ne suis même pas fan de KAAMELOT…

ASTERIX AUX JEUX OLYMPIQUES est donc tout simplement une merde. Une merde qui rapport beaucoup trop pour ce qu’elle est. Car même si le cinéma français a besoin de financements de ce genre, ça fait réellement peur quand on voit qu’une telle bouse reconnue de presque tous (il reste des gens conquis par les effets spéciaux tellement travaillés dans le film…) puisse encore cartonné. Comme-ci, aujourd’hui, il suffisait de mettre ASTERIX pour que ça rapporte. Et certains critiquent encore le succès de la saga SAW après ce genre d’événement national ?





« Les Liens du Sang » de Jacques Maillot
Note : 7/10


Le polar français a définitivement fait une percée dans les salles depuis la brèche 36 QUAI DES ORFEVRES, et c’est tant mieux. Même si les films ne sont pas toujours réussis, que les parti-pris des cinéastes frôlent la folie ou l’ennui total ou que les films soient ratés, cela fait tout de même plaisir de voir qu’il existe d’autres genres en France. Deux mouvements peuvent ainsi êtres décelés dans cette vague de films policiers très éloignés des thrillers qui subsistent de plus en plus (voir CORTEX, un putain de grand film) : les films ultra-classiques et balisés (LE DERNIER GANG), ou les films différents mais généralement foireux (LE DEUXIEME SOUFFLE, TRUANDS). Difficile donc de faire la part belle des choses puisque les films ne sont pas extraordinaires, même si ce petit réveil des producteurs dynamitent un peu notre production. Tout ça pour dire que LES LIENS DU SANG n’échappent pas à la règle, s’inscrivant ainsi dans une vague classique et vue et revue. C’est autre part qu’il faudra chercher les qualités du long-métrage de Jacques Maillot, qui avait ennuyé avec le téléfilm FROID COMME L’ETE et étonné avec la tentative de série LES PREDATEURS, et qui adapte ici l’histoire vraie des frères Papet d’après leur autobiographie. Un pari risqué mais qui ne cède à aucune condescendance, offrant un polar aussi âpre que classique, restant malgré tout dans un académisme agaçant en vue du résultat final convaincant. Mais le postulat de départ aurait pu donner lieu à un véritable modèle du genre, et non juste à une reconstitution d’un genre dominé par Dawaere.

Lyon, fin des années 70. Gabriel sort de prison définitivement après le meurtre d’un loubard qui touchait à sa copine. Même si François, flic efficace et exemplaire, ne veut plus avoir affaire à lui, il lui offre petit à petit une seconde chance et un travail à Intermarché. Commence alors une longue descente aux enfers où Gabriel trouvera l’amour comme son frère, mais où chacun sera confronté aux conséquences de leurs actes.

C’est sur le chemin ultra balisé de la dualité entre un flic et un truand que LES LIENS DU SANG base son intrigue, tout en prenant soin d’offrir un peu plus qu’ne simple confrontation entre deux frères un peu paumés chacun de leur côté. De manière brute et très simple, le film se révèle donc assez efficace à suivre de part l’alchimie entre François et Gabriel, et un Lyon parfaitement bien reconstitué pour nous plonger dans l’époque. Jacques Maillot rend tout ses personnages aussi crédibles que les décors et l’atmosphère de son métrage, et tout le mérite lui revient puisqu’il met en scène efficacement la sortie de prison d’un homme blessé mais qui tente d’aller de l’avant malgré son boulot ingrat. Amoureux d’une caissière qui acceptera de l’épouser, père d’un fils bordélique et d’une petite fille mignonne, mari d’une proxénète qui a fait le trottoir pour le sauver quelques années plus tôt, Gabriel est définitivement le type auquel le réalisateur s’intéresse puisque c’est celui qui tente une réinsertion dans une société qui n’aime pas les taulards. Tentant vaguement de construire un petit stand au bord d’un lac touristique mais refusé, il replonge pourtant inévitablement dans le grand banditisme, partageant les idées d’un certain Mesrine. Au grand dam de son frère François, qui ne voulait plus lui parler ou accepter le fait qu’il soit devenu son opposé total, mais choisissant de l’héberger et de lui filer un coup de main. S’opposant ainsi aux codes moraux de la police (il aide tout de même un taulard encore surveillé par la police) et traqué comme-ci il était lui-même coupable d’un crime, François va aussi s’enfoncer dans le malheur en déclarant sa flamme à la magnifique femme d’un petit voyou en prison, José. Ne respectant pas ici non plus les codes de l’époque et s’attirant la haine inévitable de José, François risque aussi cher que son frère qui retombe dans le proxénétisme afin de se faire beaucoup d’argent et d’offrir le plus beau mariage possible à Nathalie. C’est d’ailleurs par leurs erreurs que les personnages se ressemblent : ils n’ont rien en commun à part les exceptions qui font d’eux des personnages à part, très attachants. Une belle intrigue plaisante à suivre qui ressemble petit à petit à une tragédie, offrant quelques magnifiques séquences au ton très grave et noir par rapport au reste du métrage. Comme la poursuite d’un nouveau braqueur à Annecy qui se termine par une bagarre pour François, ou encore la séquence flippante à souhait où Corinne se sent obliger de sauter sur des verres pour éviter le pire à sa fille face à deux hommes de main de José.

Mais malheureusement, si le tout se tient admirablement bien et se laisse suivre grâce à une galerie de personnages très bien écrits (surtout les femmes, qui ne sont plus des arguments de touche féminine mais bien des caractères trempées), LES LIENS DU SANG reste un exercice de style assez vain dans le sens où il n’ajoutera rien au genre si ce n’est la note d’intention visuelle de Jacques Maillot qui abandonne son pied pour offrir quelques plans très travaillés quand ils ne tombent pas dans le cliché « je tremble partout car c’est caméra à l’épaule ». En ce sens, dommage de relever une contradiction entre des mises au point rapides et dans le feu de l’action (qui décomposent les plans selon des détails et des réactions) et la photographie sublime de Luc Pagès pas assez mise en avant. C’est un exemple de choses à ne pas reproduire tant le film paraît donner le tournis par moments, ne sachant pas trop quoi faire ou quoi suivre. Maillot reste cependant un très bon réalisateur, surtout lorsqu’il s’agit de donner du punch aux fusillades. Le problème vient du fait que le film apparaît totalement en chantier d’abord, laissant place à des fondus au noir laids qui arrivent toutes les 5 minutes inutilement, chose que je déteste voir dans les films. Si ce n’est à quelques endroits où une ellipse se devait d’être placé, les fondus sont visuellement ignobles et laissent penser que le film n’a pas subit un montage plus travaillé que la normale. Dommage aussi de trouver le tic le plus agaçant jamais inventé, le générique énorme collé à des images importantes pour l’histoire. L’ouverture très rythmée est massacrée à cause de gros cartons de générique où les noms sont soulignés en rouge, gâchant totalement le punch de cette ouverture bien traitée. C’est esthétiquement aussi raté de ces sacrés fondus qui gâchent l’immersion totale dans un script déjà bien entaché. Car même si l’histoire est plaisante et les séquences bien exécutées, il reste cependant un gros problème au niveau du déroulement puisqu’on devine tout à l’avance, sans aucune surprise et sans aucune volonté d’étonner. On dirait que tout le monde se contente de faire comme le reste des films du genre : l’ex-taulard retombe dans ses vieilles habitudes et mérite de mourir, mais c’est finalement le gentil flic aimant qui va souffrir de ses choix car c’est plus triste quand le héros meurt. Surtout que le tout arrive au moment où Gabriel est arrêté par la police suite à ses affaires de prostitution et d’hôtel scabreux, vendu par sa femme qui voulait protéger sa liberté. On l’avait évidemment vu venir, tout comme la relation entre Gabriel et une Nathalie d’une naïveté parfois déconcertante. Ou encore le fameux refus de la mairie face à l’ouverture d’un snack par deux ex-taulards qui finiront par la brûler. C’est évidemment vrai mais c’est tellement « gros » dans le film qu’on se demande si une autre approche aurait été un peu moins too-much et stéréotypée.

En revanche, LES LIENS DU SANG est dominé par un casting franchement impérial, ne laissant place à aucun faux pas. Le réalisateur est définitivement un grand directeur d’acteurs, d’autant plus que le duo Guillaume Canet et François Cluzet marche du tonnerre. Pour ceux qui connaissent un peu les propos de Canet depuis NE LE DIS A PERSONNE, on sait qu’il considère Cluzet comme le plus grand acteur français actuel mais pourtant n’handicape pas son rôle sombre. Les scènes d’engueulades marchent du tonnerre, absolument pas déstabilisées par la passion que voue Canet au génial Cluzet dont la perruque initiale gagne en crédibilité au fil du film (la première apparition est assez marrante dans le genre). Un résultat détonnant et exemplaire, comme on pouvait l’attendre de deux grands acteurs. Les femmes de l’histoire sont interprétées par l’immense Clotilde Hesme, mon actrice française préférée (LES AMANTS REGULIERS, LES CHANSONS D’AMOUR) et la mignonne Marie Dernanaud (MA FEMME EST UNE ACTRICE, la serveuse Alsacienne de PAPA) très ancrée dans son personnage de petite femme qui n’a rien demandé à personne et qui croit encore à l’amour éternel. Le reste est une succession de surprise comme l’ahurissant Mehdi Nebbou (MUNICH) dans le petit rôle de José plein de tension, Luc Thuillier (LE CANDIDAT), Olivier Perrier (SUR MES LEVRES) en père de famille qui part dans toutes les directions, et l’étonnante Carole Franck (LA GRAINE ET LE MULET) en prostituée marquée par la vie et la violence de son milieu. Une très belle prestation de l’ensemble du casting qui sont très bien ancrés dans l’époque et leur personnage qui gagnent en crédibilités.

Alors oui, LES LIENS DU SANG est un polar tout ce qu’il y a de plus normal, parfaitement résumé par une bande-annonce qui dévoile la moitié de l’intrigue, handicapée par de gros défauts de style et de montages, mais qui se suit agréablement grâce avant tout à ses protagonistes. Très bien écrits et retranscrits à l’écran (même l’éternel ado rebelle est parfaitement juste), ils permettent à l’ensemble des comédiens de s’en donner à cœur joie pour nous donner le meilleur de cette histoire vraie traité sur le ton de la tragédie inévitable mais prévisible. Un mal pour un bien donc.





« Things We Lost in the Fire » de Susanne Bier
Note : 8/10


Surprenant de voir Susanne Bier aux commandes d’un film américain sur le papier somme toute classique et inévitablement dramatique. D’origine danoise, elle est l’une des rares cinéastes respectées dans le fameux Dogme, un courant lancé par le cinéma de Lars Von Trier & Thomas Vinterberg (FESTEN) et le style naturaliste, respectant des lois strictes sur les méthodes de tournages quasiment amateurs. Réalisatrice de OPEN HEARTS (vivement le remake de Zach Braff qui sera un peu moins chiant à suivre que le film de Bier), BROTHERS (bientôt repris par l’excellent Jom Sheridan avec Jake Gyllenhaal et Tobey Maguire – un futur bijou donc) et surtout le génial AFTER THE WEDDING (Mads Mikkelson forever), elle a donc subit un énorme buzz aux Etats-Unis. Convoquée par le cinéaste Sam Mendes qui prend la casquette de producteur pour Dreamworks, Bier avait tout pour rater son film, un peu à la manière de l’italien Gabriele Muccino sur THE PURSUIT OF HAPPYNESS. Sur le papier, le sujet paraît niais, larmoyant et trop classique. La cinéaste avait tout pour perdre toute orignalité et ne pas insuffler son talent pour signer une commande décevante. C’est tout le contraire qui se produit : le film n’est absolument pas pathos, ne succède à aucun effet de style et s’inscrit en continuité totale avec les thèmes et l’esthétique des films du dogme qu’elle a réalisé auparavant. Un magnifique drame qui fait la part belle à deux très grands comédiens et à une histoire particulièrement émouvante.

C’est l’histoire d’une mort prématurée et injuste. Brian, mari et père de famille aimant, se fait abattre sur un parking en tentant de sauver une femme des mains de son fiancé violent. Il laisse derrière lui deux enfants et une veuve, Audrey, qui n’arrive pas à gérer tout le stress de son deuil. N’arrivant pas à tourner la page ni à oublier l’importance de son mari, elle demande alors à Jerry, un ex-junkie qui avait Brian pour seul ami, de venir s’installer dans sa maison. Entre la haine passée qu’elle éprouvait pour lui et la tentative de reconversion de ce dernier qui veut à tout prix changer de vie, cette nouvelle bulle familiale va devenir le lieu de tensions et d’émotions pures.

THINGS WE LOST IN THE FIRE parle donc de plusieurs choses à la fois et ne choisit pas de les traiter un par un, mais justement de les mélanger au fil de son récit qui plonge le spectateur dans le deuil de deux êtres qui ne s’aiment pas forcément, mais qui vont apprendre malgré eux à se connaître et à s’apprécier parce qu’ils n’en ont pas le choix. Bien entendu, le deuil comme thème principal pouvait faire peur étant donné le lot de flash-back qu’il pouvait entraîner. Bien heureusement, Bier est une excellente réalisatrice qui sème donc le récit passé au fil du présent, créant des liens entre les chronologiques et des parallèles entre l’avant et l’après. Soulignant tout ce qui a changé dans la vie d’Audrey plus que de Jerry qui n’interviendra que bien après, la volonté de nous plonger dans le quotidien et les dernières heures de la vie de Brian, personnage qui gagne grandement en émotions. On s’intéresse réellement à tout ce que le personnage a fait, à son quotidien et à sa relation particulière avec Jerry, un junkie que l’on pourrait croire au fond du trou et qui pourtant tente de se concentrer sur sa reconversion. Partant de l’enterrement pour revenir sur le destin tragique du personnage, on découvre ainsi la relation de complicité qu’il avait avec toute sa famille, et le vide total qu’il laisse ainsi pour tout le monde. En manque d’affection, Audrey va alors vouloir aller de l’avant mais uniquement accompagnée, ne pouvant continuer seule ce chemin semé d’embûches. Les quelques séquences faciles et attendues qui la motiveront à inviter Jerry chez elle (les 60 dollars perdus qu’elle croyait volé par Jerry et qui seront retrouvés dans la voiture de Brian) n’handicapent pas trop le récit, qui se focalise petit à petit sur une relation particulièrement instable entre les deux êtres.

La grande surprise du métrage vient du fait qu’Audrey et Jerry ne sont en rien des personnages parfaits, bien au contraire. Ils ont chacun plus de défauts qu’on pouvait le penser, offrant ainsi un peu plus de situations dramatiques et chaotiques dans une cellule familiale explosée. Audrey cherche ainsi chez Jerry tout ce qu’elle n’a plus de Brian, l’obligeant à dormir près d’elle et à la caresser comme le faisait son mari. Une séquence contradictoire avec la réaction du personnage face à l’aspect paternel de la venue de Jerry, qui se substitut aux yeux d’Audrey à Brian. Il arrive à comprendre la petite Dory qu’il est le seul à pouvoir retrouver lors d’une petite fugue au cinéma, il réussit à convaincre Harper de mettre sa tête sous l’eau alors que Brian tentait depuis toujours d’y parvenir, et il apparaît comme un danger aux yeux de cette femme particulièrement exécrable. Audrey peut parfois être cruelle, violente (le petit-déjeuner qui tourne mal est saisissant de réalisme) et même hypocrite, ne cherchant que son confort à elle jusqu’à ce que Jerry prenne ses aises et ses habitudes. Dès qu’il s’invite dans cette maison et se sent enfin chez lui (grâce aussi à leur voisin hilarant Howard et sa femme irritante qu’il déteste), Audrey le rejette totalement et l’oblige à repartir, créant un nouveau cataclysme. Seul élément un peu attendu au tournant dans le scénario, la rechute permet aussi de traiter de la solitude totale de Jerry qui ne sait pas comment se comporter avec les gens. Un personnage réellement fascinant car sans cesse sur la corde, brisant les codes moraux (il embrasse Audrey en pensant bien faire) et n’étant jamais réellement guéri, incapable de se créer une relation solide avec la jeune femme qui s’intéresse à lui dans son groupe d’ex-junkies. La replonge est un moyen comme un autre de traiter avec réalisme de sa dépendance et de sa solitude progressive, heureusement guérie lorsqu’il s’aperçoit que tout le monde veillait sur lui, du frère d’Audrey au petit Harper qui lui propose des cookies. Du moins c’est ce que l’on croit avant une séquence finale absolument édifiante et réellement flippante, offrant un discours plein de pessimisme et de tension dans la bouche de Jerry, hanté à l’idée de replonger encore et d’aimer cela. Il raconte son cauchemar et l’on s’attend réellement au pire lorsque le montage alterne le monologue de Jerry et la conduite d’Audrey qui pourrait avoir un accident mortel du jour au lendemain. Heureusement, Bier n’en fait rien et préfère garder un sens implicite tout aussi malsain à ce discours final plutôt que de montrer un énième accident final qui ferait pleurer dans les chaumières. Le pire, c’est que l’on sort les larmes aux yeux de ce dernier discours plein d’éléments implicites.

Vendu comme un duo de gagnants aux Oscars, il fallait tout de même prendre des pincettes à l’annonce de ce casting détonnant certes. Si Benicio Del Toro a toujours été ahurissant et immense dans chacun de ses rôles (USUAL SUSPECTS, LAS VEGAS PARANO, TRAFFIC, WAY OF THE GUN, 21 GRAMMES et bientôt loup-garou dans THE WOLFMAN), Halle Berry se devait de retrouver un rôle à la mesure de son talent. Et étrangement, elle se rapproche petit à petit de sa composition parfaite dans le chef d’œuvre MONSTER’S BALL de Marc Foster où elle avait justement remporté un Oscar. Faisant oublier X-MEN 3, GOTHIKA et CATWOMAN en un clin d’œil, le rôle d’Audrey est très loin du gentil personnage de la veuve qui oublie son mari décédé puisqu’elle est toujours hantée et habitée par des démons intérieurs qui la poussent à violenter le pauvre Jerry, le faisant de la sorte replonger dans un univers de drogue. Un duo très loin de la relation amoureuse que l’on pouvait craindre, les personnages ne pouvait faire face au fantôme de Brian qui règne encore, expliquant ainsi le mélange du passé et du présent au fil du montage. Niveau second rôle, une belle galerie de personnages et d’acteurs nous parvient aux yeux, à commencer par le très surprenant car totalement sobre Omar Benson Howard, habituellement cantonné aux rôles de gros black vulgaire (FOUS D’IRENE, 8 MILE). Mais surtout le retour au grand écran du génial David Duchovny qui a totalement détourné son statut de star ringard depuis la série CALIFORNICATION et l’inédit THE TV SET (une merveille). Il est ici sympathique, attachant et amusant, un acteur qui ne se prend pas inutilement au sérieux et qui est particulièrement crédible. D’un coup, on est totalement rassuré par X-FILES 2. Sans oublier les rôles de la magnifique Alison Lohman (LES ASSOCIES, BEOWULF), John Caroll Lynch (le suspect principal de ZODIAC), Liam Janes (FRED CLAUS, GOOD LUCK CHUCK, AVP 2 en un an) et surtout des deux enfants parfaits, incarnés par Micah Berry (non, pas le fils de Halle) et Alexis Llellewyn (LES CHRONIQUES DE RIDDICK). Que du bon en somme.

THINGS WE LOST IN THE FIRE n’est ni niais, ni chiant, ni stéréotypé à souhait. Parfaite transposition du style visuel de Susanne Bier sur un scénario de commande de Allan Loeb (21), le film réussit  réellement à nous entraîner et à nous émouvoir grâce à des alternances subtiles entre le fantôme d’un mari compatissant et un junkie qui devient involontairement son remplaçant aux yeux d’une femme qui ne peut pas imaginer sa vie sans son mari. Un film qui touche au cœur malgré son manque de rythme dans la deuxième partie et ses séquences un peu attendues. Reste cette fin scotchante qui rattrape les quelques défauts en cours de route.

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"No Country for Old Men" de Joel & Ethan Coen (Critique Cinéma)
1/29/2008 9:48

Qui était à Cannes l'année dernière a entendu au moins une fois un festivalier annoncer la couleur: les frères Coen méritent la Palme. Clair, net, unanime: NO COUNTRY FOR OLD MEN méritait la Palme d'Or 2007 et était vu comme un chef d'oeuvre ultime de la part de tous les cinéphiles présents. Un film d'auteur chiantissime plus tard, les frères Coen repartent bredouille avec des critiques splendides et un bouche à oreille exemplaire. On parle du retour des frères étant donné qu'ils sont censés être "morts" depuis quelques années. Encore une fois, cette tendance de mettre dans la catégorie hors d'usage les cinéastes adorés des cinéphiles endurcis pour quelques fautes d'écart en vue du reste de la filmographie semble totalement exagérée, surtout que les Coen n'ont jamais perdu leur verve si particulière. C'est sûr qu'après un enchaînement de chefs d'oeuvres parfaits depuis 1991 (je n'accroche pas à BLOOD SIMPLE et ARIZONA JUNIOR) jusqu'en 2001 avec THE BARBER, difficile de ne pas voir une baisse de régime avec INTOLERABLE CRUAUTE. Cependant, le film est une comédie joyeusement loufoque et un énorme surprise en vue des critiques désastreuses. Critiques de retour avec LADYKILLERS, film que j'ai toujours autant de mal à revoir tant le concept de départ semble un peu fumeux par rapport au traitement final. Reste des instants comiques magistraux qui prouvent que la verve Coen est bien là, même si les films ne font plus les mêmes succès qu'avant. Après une participation absolument extraordinaire dans le trop sous-estimé PARIS JE T'AIME, les voilà avec l'adaptation d'un roman du grand Cormac McCarthy. Un roman noir, obscur, teinté d'ironie. Il n'y avait pas mieux pour les Coen qui, ni une ni deux, nous offrent un putain de chef d'oeuvre qui frôle la perfection absolue à quelques détails prêts.


C'est l'histoire d'un type au mauvais endroit au mauvais moment. Llewelyn Moss, un type ordinaire, chasse à la frontière mexicaine et découvre un cartel de drogue massacré. Seule une mallette contenant une somme d'argent colossale est intacte. Moss sait ce qui l'attend mais la prend quand même. Commence une course-poursuite où un étrange tueur implacable se met dans la tête de récupérer la mallette coûte que coûte.


Revenant donc à un genre qui les a lancé voilà des années de cela, les frères Coen optent avant tout pour une ambiance minimaliste et un scénario au fil du rasoir pour construire rapidement un récit très classique sur le papier. Se situant dans un Texas parfaitement reconstitué à l'écran (plaines fumeuses, soleil écrasant, désert à perte de vue), NO COUNTRY FOR OLD MEN peut être résumé à juste titre comme une poursuite entre un homme banal qui est tombé au mauvais moment pour prendre une somme d'argent, et qui va être poursuivi sans relâche par un tueur apparemment sans mobile qui ne quitte pas un endroit sans utiliser ses armes tordues. Une opposition aussi simple que efficace qui prend petit à petit de l'importance au sein du métrage. L'écriture des Coen étant impossible à classer, difficile donc de résumer les étapes du récit ou de séparer le film en plusieurs parties tant elles sont toutes d'une densité et d'une efficacité égale. Cependant, on peut déceler un resserrement de l'intrigue autour de cette poursuite au fil des minutes, puisque Moss est d'abord attaqué par une bande sauvage lorsqu'il décide de revenir sur les lieux du massacre pour donner de l'eau à un blessé maintenant mort, et qu'il va alors être pourchassé à travers le désert avant de revenir dans sa caravane. Moss n'est pas un type con d'où un attachement facile au personnage que l'on prend réellement plaisir à suivre: il fait le bon choix d'écarter sa femme de l'Etat et part seul sur les routes, multipliant les escales dans les hôtels typiques. Ce qu'il ne sait pas, c'est que le tueur a ses trousses est une entité, un homme aussi mystérieux que simple: il se déplace, il tue, il change de voitures. Son seul but est le respect des contrats même s'il ne respecte en rien l'autorité (ceux qui l'engagent). Un mystère ambulant qui va de meurtre en meurtre avec une froideur et un humour pince-sans-rire absolument tordant: il étrangle un policier dès la séquence d'ouverture, il utilise sa bombonne de gaz pour ouvrir les serrures (et exploser le crâne de victimes potentielles), il se déplace de façon très régulière en anticipant sur les réactions d'un Moss soumis au destin. L'affiche clamait haut et fort que personne ne pouvait en sortir indemne. Et c'est effectivement le cas tant Chigurh (prononcez "Sugar") est un étranger plus proche du fantôme que d'une machine à tuer. Et petit à petit, il va se retrouver seul à seul avec Moss, éliminant le cartel aux trousses du pauvre Moss. Rajoutez à cela l'éternel shérif au flair incroyable et vous obtiendrez le cocktail de texans violents visibles dans le film.


Alternant séquences de dialogues franchement cultes, ironie permanente mais aussi fusillades impeccables, le film se révèle être surtout une plongée viscérale dans une traque sans merci où deux êtres vont se retrouver souvent au même endroit sans le savoir, augmentant un peu la dose et la tension. Par l'absence quasi-totale de musique (mise à part un grondement en fond sonore et un thème final) et la mise en scène inventive et radicale des Coen, on est donc totalement plongé dans le métrage qui en paraît encore plus court. Les séquences de fusillades se multiplient et offrent des instants de grâce absolu avant un massacre inévitable: l'arrivée à l'hôtel du tueur qui découvre des mexicains dans la chambre et qui les tuent un à un, la mise à mort explosive d'un second étranger aux trousses de Chigurh, et surtout cette géniale fusillade à l'hôtel qui, graduellement, fait exploser le coeur du spectateur. Partant de la chambre de Moss où il se prépare au fusil à pompe pour finalement finir dans la rue où le tueur va tirer de plein fouet dans un conducteur chaleureux conduisant à un accident de voiture (avant que le piège ne se retourne contre lui et qu'il disparaisse, blessé – voir la magnifique séquence de soins intensifs que Chigurh opère), la séquence cultive le goût du risque et des situations incongrues (le chauffeur n'a pas le temps de dire une seule réplique qu'il se fait tirer dessus) avec un côté saignant carrément assumé par les frères Coen qui n'y vont pas de main morte, parfois même en suggérant avec une énorme dose d'humour noir le massacre opéré (le tueur vérifiant l'état de ses chaussures après son dernier dialogue avec Carla Jean – évidemment morte).


Le fait est que NO COUNTRY FOR OLD MEN est aussi un film qui fait des choix, difficiles certes mais totalement justifiés. Il peut paraître assez casse-gueule de ne pas montrer la fusillade qui tuera Moss mais de la voir juste à travers les yeux du fameux shérif qui prend uniquement de l'importance en fin de métrage, offrant son point de vue sur la violence déferlante aux Etats-Unis et le sentiment d'insécurité qui commence à se propager au Texas, obligeant les populations ancrées dans ces espaces à se défendre ou à partir, délogés à cause de crimes horribles et absurdes. Un point de vue final aussi déroutant que le choix de ne rien expliquer sur cette énorme organisation, choix d'autant plus génial qu'on ne subit pas les énièmes explications des personnages. Une ombre plane donc tout le long du film: qui a engagé Chigurh puis l'énorme Carson Wells (le plus drôle de tout le film) ? Pourquoi avoir crée un échange de drogue pour pister les billets ? Où sont situés les locaux et sont-ils dispersés dans tout le pays ? Quelles sont leur motivation à part récupérer un butin qui servait à récupérer un stock de drogue immense ? Autant de questions qu'il faut se triturer dans la tête pour les deviner, y répondre avec plus ou moins d'assurance, ou justement les garder dans notre cerveau pour avoir quelque chose à dire lors des prochaines visions du film. Rien n'est simple dans le film et c'est ce qui fait sa grande force: même les dialogues les plus illogiques ou les réactions les plus extrêmes (le tueur tuant tout ses employeurs petit à petit) peuvent être compris si on les restitue à un endroit bien précis du métrage. C'est comme ça qu'on obtient une oeuvre presque parfaite. Je dis presque car une seule séquence m'a épuisé dans le métrage, mais dans le mauvais sens du terme: non pas une fin aussi brute que compréhensive qui montre le destin de nos derniers "old men" qui n'obtiennent jamais la paix intérieure ou la satisfaction personnelle (l'un doit fuir après un accident de voiture choquant, l'autre fait des cauchemars), mais le dialogue plutôt longuet et vain entre le shérif qui, de retour de sa croisade sanglante qu'il ne pouvait stopper, parle quelques minutes avec un vieux bonhomme en chaise roulante qui lui donne quelques clefs de l'intrigue. Mais pas de l'intrigue du film mais celle de sa vie, de son sens et de son métier. Une scène beaucoup trop étirée en longueur face à la densité de l'oeuvre en générale.


Reste ce casting exceptionnel composé uniquement de vrais gueules du cinéma, qui mériterait tout les prix du meilleur casting. L'avantage est de voir que, malgré la mise en avant de Tommy Lee Jones qui obtient toujours le même rôle de flic baroudeur (plus dans la veine de TROIS ENTERREMENTS cependant), c'est avant tout l'affrontement entre un Josh Brolin épatant et un Javier Bardem ô combien flippant qui marque les esprits. J'en parle à chaqu fois et je me sens encore obligé de dire à quel point l'acteur de PLANET TERROR et AMERICAN GANGSTER est encore une fois ici parfait, dans une veine proche du loubard de THE DEAD GIRL (bientôt en France) avec cependant un sous-texte du mari protecteur et jamais lâche bien trouvée. Il est en tout cas très crédible (surtout dans les dernières séquences) face au glaçant Javier Bardem, qui étonne non seulement par sa maîtrise du personnage malgré ses origines hispaniques, mais aussi par un rôle bien loin de MAR ADENTRO ou LES FANTOMES DE GOYA. Un rôle de tueur psychopathe totalement vide de conscience et de remords est un rôle dur, mais il quitte le statut "terminator" de son rôle pour le transcender totalement. Lorsqu'il s'avance en arrière-plan vers ses victimes, c'est tout simplement stressant à souhait. Quand aux seconds rôles, c'est bel et bien Woody Harrelson qui écope des répliques les plus hilarantes du lot (l'acteur de TUEURS NES est hilarant dans toutes ses apparitions) même si on notera la présence de Garrett Hillahunt (THE ASSASSINATION OF JESSE JAMES) en fils spirituel de Earl McGraw, de la belle Kelly MacDonald (GOSFORD PARK, NEVERLAND) qui épouse l'accent texan à merveille, de Tess Harper en femme du shérif optimiste et compréhensive, de la voix de Beth Grant (DONNIE DARKO, LITTE MISS SUNSHINE) ainsi que des rôles typiques de Stephen Root (le pauvre Gordon dans DODGEBALL) et de Barry Corbin (IN THE VALLEY OF ELAH). Un casting menant par trois grands monstres en devenir du 7ème art.


Peut-être décevant durant quelques minutes avant de saisir la portée philosophique d'une fin tout en douceur qui multiplie les paris risqués (ne plus montrer les fusillades), NO COUNTRY FOR OLD MEN n'en pâtit pourtant pas car tout le reste est à la hauteur d'un film immédiatement culte et sûrement d'une des oeuvres les plus essentielles de l'année. INTO THE WILD, ATONEMENT, SWEENEY TODD et NO COUNTRY FOR OLD MEN. 4 chefs d'oeuvres en 1 mois. Et y en a encore qui se plaignent du début de l'année ?

 

Note: 9/10


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"Sweeney Todd" de Tim Burton (Critique Cinéma)
1/29/2008 5:54

En ayant choisi de privilégier d'abord le fond plutôt que la forme, Tim Burton s'est pris une joyeuse taulée par ses fans de la première heure qu'il était dur de consoler. Acceptant ainsi une commande comme tout les plus grands réalisateurs du monde (bah oui, et alors ?), LA PLANETE DES SIGNES (film bof mais pas non plus catastrophique) signait une sorte de trahison totalement injustifié avec les cinéphiles qui ne voulaient plus entendre parler de Burton. Comme ci finalement, un seul écart de conduite chez la Fox pouvait enterré le talent qu'on lui connaît depuis ses débuts. Hors Tim Burton n'est pas mort, il s'est juste assagi et choisit des films plus calmes qui ne ressemblent pas à ses chefs d'oeuvres d'antan (tout ses films globalement) mais qui ont le mérite de présenter une autre facette du réalisateur. C'est le cas de BIG FISH, magnifique drame familial qui remet en avant les thèmes de toujours sur la paternité et l'acceptation de soi au sein de sa famille. Un film qui fait du bien et qui remet sur scelle le Burton qui signe alors CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE, énorme surprise aussi hilarante que déjantée, aussi tendre que émouvante. Un film qui fait du mal lorsque l'on voit le résultat de CORPSE BRIDE, qui reste l'une des plus grosses désillusions de ces dernières années tant le résultat final paraît inachevé face au somptueux L'ETRANGE NOEL DE MR. JACK ressorti en 3D l'année dernière. SWEENEY TODD avait donc tout du projet jouissif qui pourrait concilier la folie visuelle de retour chez l'auteur, et le côté macabre si particulier de ses premières oeuvres barrées. D'autant plus que l'adaptation est une fidèle transcription d'une pièce musicale aussi culte que immorale qui a littéralement épousé la culture américaine (on peut même en voir un bout dans le JERSEY GIRL de Kevin Smith), et signée par un Stephen Sondheim qui effectue la transition de ses musiques avec joie. Et il n'y a d'ailleurs rien de plus énervant, quand on connaît l'oeuvre originale, de voir les gens s'étonner que SWEENEY TODD soit justement une comédie musicale. Sauf que bon, pour les fans et pour tout les autres qui on un peu de jugeotte dans la tête, SWEENEY TODD sans chansons, c'est un exercice totalement vain qui ne respecte pas son matériau original. Et puis à quoi bon se le demander lorsqu'on voit le résultat de Burton à l'écran: un oeuvre glaciale, sanglante et jouissive, pas loin d'être un des plus grands films du réalisateur.


Benjamin Barker n'est plus. De retour d'un long exil à Londres, l'ancien barbier revient sous les traits d'un Sweeney Todd vengeur, voulant à tout prix chercher à payer les crimes du juge Turpin qui lui a volé sa famille. Herbergé par l'énigmatique Mrs Lovett au dessus de son pauvre magasin de tartes, Sweeney Todd redevient le barbier qu'il était dans la seule intention de trancher les gorges de ceux qui lui ont déchirer son destin.


Comme on pouvait l'attendre, SWEENEY TODD est toujours une oeuvre d'une noirceur étonnante et jouissive qui peut en répulser plus d'un. Cependant, dans les mains d'un génie comme Tim Burton, tout ce qui fait le Londres obscur devient alors un sujet d'émerveillement intensif, renforcé par une esthétique étonnante et une palette graphique somptueuse. Réinventant ainsi l'Angleterre de l'époque, le film nous plonge directement dans un univers fait de trahisons, de meurtres et de sexe implicite, dans une ville où seul le chaos semble régner (voir le plan-séquence en accéléré jusqu'à Fleet Street, particulièrement efficace). Burton aime cependant ce genre d'univers sans cesse baignés dans le noir, et apprécie tout particulièrement ce fameux barbier de Fleet Street, personnage ô combien énigmatique qui hante la ville comme un fantôme, sans cesse plonger dans des souvenirs dont nous ne voyons que de courtes bribes au début du film. Le bonheur n'est plus, le soleil non pus: tout ce qui fait la noirceur de l'oeuvre est que justement, les personnages ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes qui ne pourront trouver la paix que dans l mort. Et le plus symbolique de tous reste justement son héros prêt à tout pour se venger, et qui deviendra ironiquement de plus en plus fou à partir du moment où il pénètre dans le magasin de Mrs Lovett, une "freak" aussi dérangée que lui. Ensemble, les deux personnages forment un couple aussi joli en apparence (l'amour, c'est toujours magnifique non ?) que diabolique, chacun ne pouvant rattraper l'autre: le premier commence une opération à gorge ouverte pour retrouver sa hargne d'antan et accomplir sa destinée, la seconde se sert de son amour aveugle pour le premier afin de gagner le succès et de créer des tartes encore meilleures alors que la viande vient de chair humaine. Une organisation aussi soignée que passionnante à regarder, les séquences de montage alternants entre la vente des tartes et les meurtres de Todd étant hallucinantes de maîtrise narrative. Mais cependant, ce ne sont pas les seuls à avoir un problème dans le film puisque tout le monde semble irrécupérable: l'hilarant barbier concurrent Pirelli qui fourgue des élixirs mensongers et qui fait du mal à son assistant sans aucun remord (qui se révèle l'ancien assistant de Barker), le juge Turpin qui atteint des sommets de sadisme impossibles à cautionner (il surveille sa "fille" tout les soirs comme un pervers, il juge à mort des enfants qui n'ont probablement rien fait), son immonde assistant Bamford qui l'aide dans ses plans les plus machiavéliques, se prenant pour le voisin le plus adorable du quartier. Le tout baignant dans une ambiance des plus étranges, SWEENEY TODD atteignant des sommets de cruauté incomparables, tous plus implicites que violents: le viol suggéré de la femme de Barker dans un bal masqué érotique de Turpin, la volonté de ce même juge de se marier et de coucher avec la fille de Barker pour enfin en faire sa femme (alors qu'il l'avait adopté sans qu'elle ne le sache), ou encore un gardien de prison qui se fait attaquer et déchiqueter par une horde de blondes en proies à leurs instincts primaires. Londres est le berceau du vice et du calvaire, tout simplement. Et c'est cela qui fait réjouir notre personnage principal (NO PLACE LIKE LONDON).


Dans ce chaos et cette violence, seuls trois personnages semblent pouvoir échapper à leur destin. D'abord le petit Toby, recueilli par Pirelli pour vendre les mérités de son élixir factice puis adopter par Mrs Lovett qui va alors lui faire découvrir petit à petit les secrets de son entreprise, le menant dans une dernière partie vers les fourneaux où il comprend enfin ce que cache Todd et Lovett. Et c'est là que malheureusement le personnage perd lui-aussi toute trace de son innocence lorsqu'il tue de dos le pauvre Todd qui a enfin retrouvé sa femme qu'il vient d'égorger en ignorant qui elle était (c'était en fait une clocharde qui traînait autour de Fleet Street depuis toujours, défigurée par la maladie). Le personnage le plus sympathique perd toute notre sympathie puisque mine de rien Burton nous a fait attacher à l'aventure de Todd et à son désespoir chronique qui le menait aux pires méfaits. Mais la progression de Toby ne se fait pas d'un coup puisque le réalisateur sème le film d'indices pour nous faire comprendre que le côté "obscur" va bientôt l'emporter, pousser par les intentions étranges d'une Mrs Lovett encore plus timbrée que son mari officieux. C'est en tout cas ce que nous réserve la seule séquence au soleil du film, un pur moment de jubilation où la pauvre femme s'imagine une vie délirante dans l'ombre d'un arbre dans un parc ou à la sortie d'un bateau, voulant se marier avec le pauvre Todd qui n'a absolument rein demander à tout cela et qui écoute son rêve comme une énième histoire qui ne l'intéresse absolument pas. Bien heureusement une note d'espoir vient nous sauver de ce côté très déprimant de l'oeuvre et ce dans le couple impossible formé par la jeune Johanna et Anthony Hope. Digne d'une tragédie ou d'un opéra dans la même veine, ce couple paraît le plus classique dans tout l'univers mais tient réellement la route non pas à cause des comédiens assez agaçants (le seul défaut du film qui me saute aux yeux) mais grâce à une romance malmenée de toute part par les autres personnages qui passent à tabac Hope, qui enferment Johanna en prison, qui préparent des plans dans leur dos et qui finissent par les unir sous le même toit dans le pire moment qui soit, celui où le diable Sweeney se réveille une dernière fois.


Difficile de croire les propos de la Warner qui se tenaient en fin d'année lors de la post-production du film. Citant Jack Sparrow comme exemple à suivre, les exécutifs voulaient tout simplement enlever toute proportion gore et violente du métrage pour en faire un joyeux PG-13. Heureusement Burton conserve le Final Cut. Et à la vision de ce dernier, il est en effet aberrant de voir comment Warner aurait pu couper ces scènes ou enlever des gouttes de sang tant elles représentent une apothéose d'émotions distillées au fil du métrage et des meurtres de Todd. Le cinéaste derrière la caméra sait ce qu'il fait et arrive à transformer des scènes où des geysers de sang giclent des entailles des personnages, où les cadavres s'écrasent le crâne en tombant dans la cave de Mrs Lovett et où les membres sont découpés soigneusement pour mieux en faire de la viande comestible. Le plus impressionnant reste avec quels stratagèmes il jongle pour nous faire vibrer au rythme des exécutions sublimes puisqu'on se prend de sympathie pour le barbier qui justifie plutôt bien ses premiers actes de violence. Voulant venger sa famille et ayant été reconnu par Pirelli qui veut signer un pacte où il le trahira, on en vient même à se dire qu'il valait mieux pour le personnage de tuer son premier adversaire plutôt que le laisser en vie. Plus loin, et c'est là que Burton frappe fort, les meurtres de Todd qui a décidé d'épouser sa folie et de tuer à la chaîne tout ceux qui viendront demander un rasage de près deviennent communs: comme le personnage, on se prend alors à regarder chaque personnage mourir les uns après les autres de la même manière, avec une monotonie exagérée pour montrer à quel point le personnage a dépassé la frontière avec la folie. Mais comme lui,