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"Hitman" - "Actrices" - "Gone Baby Gone" (Critique Cinéma)
1/2/2008 1:08

 

"Hitman" de Xavier Gens

Note: 2/10


C'est marrant de voir parfois à quel point un film peut-être mauvais à raison d'une réputation désastreuse et d'une production fastueuse qui recèle d'anecdotes et de détails en tout genre. Alors que son premier film n'est même pas sorti chez nous et qu'il va sûrement faire un immense bide, le réalisateur Xavier Gens est contacté pour réaliser son second long-métrage directement aux Etats-Unis avec une équipe entièrement française, supportée par Europa Corp. et donc Luc Besson mais aussi par la Fox qui détient les droits de HITMAN et qui a déjà confié le scénario à Skip Woods (scénariste du lamentable OPERATION ESPADON). Il faut savoir que le jeu édité chez Eidos est l'une des plus belles séries vues sur consoles, où un tueur énigmatique nommé 47 se charge de missions de plus en plus complexes avec un silence et une discrétion qui lui est propre, donnant ainsi des moments de pur bonheur au fil de ses apparitions (CODENAME 47, SILENT ASSASSIN – le meilleur pour moi, CONTRACTS, BLOOD MONEY) au joueur lambda. L'idée d'en faire une adaptation plus ou moins réussie face aux studios rivaux qui s'occupent de n'importe quoi (DEAD OR ALIVE et RESIDENT EVIL: EXTINCTION cette année) ne date pas d'hier, mais le projet vient enfin trouver son sauveur en la personne de Gens qui dirige son film d'une main de fer. Peut-être un peu trop puisque le bonhomme signe un montage ultra-gore classé NC-17 qui sera bien entendu censuré. HITMAN ne devient plus le HITMAN de Gens ? Que nenni ! Car ce qu'il ya de plus aberrant dans les déclarations contradictoires du réalisateur et de l'équipe, c'est qu'il revendique à 100 % cette version du film (avouant qu'elle est moins gore) alors que d'autres sources annoncent qu'il s'agit d'une version tronquée de toute part par les producteurs de la Fox, et pas seulement dans les scènes de fusillade. Alors dans cette histoire, que faire ? Soit tenir des propos un peu gênants en disant que le film va se rattraper dans une potentielle Director's cut en dvd (ou Unrated cut ?), soit tout simplement décrire ce que l'on a sous les yeux au cinéma, assis sur notre siège en tant que fan du jeu-vidéo: une bonne grosse bouse.


Poursuivi depuis des lustres par Interpol qui voit en lui le pire assassin jamais connu, l'agent 47 continue ses meurtres impeccables jusqu'à ce qu'il soit engagé pour assassiner en public Belicoff, candidat aux élections présidentielles russes. Mais il découvre alors que tout ceci n'était qu'un piège visant à l'éliminer, et se retrouve chassé par sa propre agence.


Ne reprenant aucune trame majeure du jeu vidéo, HITMAN symbolise en à peine quelques minutes tout ce que je déteste dans le cinéma d'action de base généralement réservée aux séries B avec Jason Statham ou Steven Seagal. Tentant la fausse bonne idée du générique qui retrace (et bâcle) l'histoire et la naissance de l'agent 47 au sein de l'Agence, le film accumule les tics gonflants comme des "TROIS MOIS PLUS TARD" risibles qui s'inscrivent à l'écran toutes les 10 minutes, suivies de noms de lieux et de pays à chaque début de séquence au cas où le spectateur ne comprendrait pas que le lieu où un avion atterit est un aéroport. A grand coup de petits bruits informatiques et de police modernes, ces indications de lieux représentent une absence totale de réflexion chez Gens qui ne juge jamais utile de les faire plus court ou de les évincer, préférant tous les mettre pour bien montrer que le spectateur est roi. Embarrassé par cela, le spectateur ne pense cependant pas que le réalisateur va oser mettre des ellipses et des retours en arrière par-ci par-là pour mettre un peu de suspense et surtout tenter une approche façon MISSION IMPOSSIBLE 3 de l'intrigue pour passionner son public à la recherche des indices dissimulés dans un premier dialogue à la val-vite. Plombé par un montage risible et des flashs-blancs stupides (pour indiquer qu'on retourne dans le passé bien entendu), le film tentera vaguement de revenir dans le droit chemin après une ouverture dans un pays arabe qui représente l'une des meilleures missions d'infiltration de SILENT ASSASSIN, et censé ici nous montrer une exécution typique du personnage principal. Trahison ultime pour les fans puisque 47 est maintenant un type bourrin qui fait n'importe quoi avec ses armes, qui les cachent partout, qui fusillent dans les hôtels au lieu de se cacher, qui hésite même à tuer quelqu'un alors qu'il balance des bombes pour une simple exécution sommaire d'un terroriste présumé. Poursuivi par un stéréotype ambulant qui est l'inspecteur d'Interpol qui trouve tous les indices en quelques secondes avec son sidecick noir, mais aussi par sa propre Agence on ne sait pas trop pourquoi (et on en a un peu rien à foutre, comme le scénariste), 47 est en territoire inconnu en Russie pour assassiner le futur président qui se révèle en fait succéder par un sosie qui avait engagé 47 pour éliminer le véritable candidat afin de reprendre son mandat et imposer ses idées que l'on devine cruelles (ce n'est pas précisé), menant d'un bras de fer son parti et sa police personnelle pour mettre un terme à l'existence de 47 à travers le personnage de Nikki qu'il rencontre. C'est donc un joyeux bordel auquel nous assistons puisque Nikki est épargné par 47 (mouarf) pour que ces deux-là soient immédiatement assassiné par un autre tueur de l'Agence (mouarf) qui prépare un immense complot où 47 est assailli dans une incompréhension total par d'autres tueurs qui s'attaquent entre eux. Gens n'en a visiblement rien à foutre de son scénario, préférant abandonner les aspects classiques mais fascinants du personnage qui s'infiltre habituellement partout (et pas seulement dans une gare très implicitement) en volant des uniformes et autres tenues passes-partout.


En fait, ce qui semble intéresser le réalisateur est de faire ressembler le plus possible son film à un hypothétique troisième volet de la saga LE TRANSPORTEUR tout en créant une nouvelle saga avec un nouveau personnage qui a exactement les mêmes caractéristiques que Jason Statham alors qu'il est censé être son opposé. Production Besson oblige, le héros se retrouve avec une femelle sur les bras et balance des répliques pourries qui ne font rire personne parce qu'elle connote un amour naissant entre les deux personnages, passant de l'ignorance la plus bête (Nikki est mise dans le coffre – merci LE TRANSPORTEUR) à la fameuse fausse scène de sexe qui se révèle être le seul stéréotype évité (il lui donne un tranquillisant avant qu'elle ne passe à l'acte). La relation entre un tueur à gages et sa cible qui est devenue son amie est sûrement l'une des plus insipides montrées à l'écran, car le spectateur ne peut s'attacher à une intrigue aussi bâclée sur le papier que ses protagonistes auxquels on ne s'attache pas du tout. La fascination que le joueur avait pour le personnage de 47 est devenu un humour à froid qui tombe à l'eau, renforcé par les propos d'un réalisateur réellement pathétique lorsqu'il annonce que son film est une critique de la violence (Gens se prend pour Paul Veroheven mais signe un film totalement débile...c'est fort) et qu'il a tenté de rendre à l'écran toute l'ampleur des fusillades et des meurtres orchestrées par 47. Si à plusieurs reprises la qualité visuelle de HITMAN gagne en sa faveur (comme lorsqu'il suit à la troisième personne le personnage) tout comme un montage qui évite deux fois la répétition (lorsque 47 cache ses armes et que pour ne fois il n'y a pas de flash-back), l'oeuvre est globalement ratée tant les fusillades sont insipides non pas par l'absence de sang qui gicle à de nombreuses reprises (mis à part l'arrachage d'oreille, on ne voit pas trop les coupes) mais par son montage et sa réalisation, qui succède souvent à un MATRIX du pauvre gonflé baignant dans une musique techno risible, surtout lorsque l'on écoute les bandes-originales signées Jesper Kyd pour le jeu vidéo. Monté de façon purement branchouille et faussement moderne pour plaire au public visé (les ados incultes), Gens se prend même la tête pour remontrer les scènes d'enfance de 47 dès qu'il touche son joli petit code barre sur son crâne. Le tout n'égalera cependant pas la sous-intrigue où un meurtrier recherché partout comme 47 arrive à négocier avec un agent de la CIA pour se faire libérer, la façon dont la religion est traitée dans le film (c'est juste un petit indice pourri pour induire en erreur les inspecteurs) et l'arrivée d'un hélicoptère qui est prêt à massacrer une coupole pour tuer 47 en mode TRANSPORTEUR (décidément !).


Le gâchis est-il cependant total ? Non, pour une seule bonne raison: la venue de Timothy Olyphant dans le projet, qui colle parfaitement au rôle de 47 en dépit des mauvaises langues qui préféraient une brute sans saveur comme Vin Diesel. Découvert dans des apparitions remarquées chez Danny Boyle (UNE VIE MOINS ORDINAIRE) et surtout Doug Liman (GO), c'est surtout dans GIRL NEXT DOOR que l'acteur s'est révélé prêt à essayer tous les défis, particulièrement crédible en producteur porno agressif et belle gueule. Récemment bad-guy dans DIE HARD 4 après l'arrêt de la sublime série DEADWOOD, l'acteur prend muscles et se rase le crâne pour être le plus parfait possible en agent 47. Et même si ses répliques sont à chier, on garde un souvenir particulièrement plaisant de son interprétation, surtout lorsqu'il s'agit de brandir ses deux pistolets fétiches en gros plan. D'ailleurs, cela nuira à tout le film puisque tous les acteurs secondaires sont ou bien pathétiques ou bien insipides: Dougray Scott est l'un des plus fades policier jamais connu sur grand écran (faut dire, il était censé être bad-guy dans le tout aussi mauvais MISSION IMPOSSIBLE 2), Robert Knepper (PRISON BREAK) fait semblant d'être impliqué en prenant un accent russe, sans oublier l'éternelle "femme Europa Corp." Olga Kurylenko qui répond à tout les critères chers à Luc Besson pour faire une étrangère au grand coeur (comme Milla Jovovich ou l'excécrable Rie Rasmussen), devenu quelque peu un cliché ambulant depuis son rôle mystérieux dans LE SERPENT.


En attendant FRONTIERES qui fait d'un coup très peur au niveau de son traitement scénaristique, Xavier Gens montre un certain sens de la mise en scène en dépit d'un montage totalement bidon, de scènes d'action insipides, de personnages inintéressants et d'un scénario globalement à chier. Cela fait tout de même beaucoup pour une adaptation d'un jeu vidéo aussi bon que HITMAN. Mais ce ne sera ni la première fois, ni la dernière. En espérant que pour une fois, HITMAN 2 ne vienne pas nous ennuyer après ce plan final digne de L'ART DE LA GUERRE avec Wesley Snipes (c'est pour dire...).


"Actrices" de Valeria Bruni-Tedeschi

Note: 6/10


ACTRICES est un film rassurant avant tout. Ni totalement parfait, génial ou jubilatoire, il confirme en tout cas une tendance qui s'est vu renforcée cette année par l'émergence de certains auteurs décalés: il reste encore des réalisateurs à "univers" en France. Le fameux débat sur nos comédies pourries semble maintenant interminable (il faut voir la promo autour de ASTERIX AUX JEUX OLYMPIQUES qui s'annonce catastrophique), les films de genre sont salués comme exemples mais absolument pas comme modèles, mais pourtant il y a encore des personnalités sur qui l'on peut compter pour nous ravir. Après Florent Emilio Siri, Christophe Honoré ou encore Quentin Dupieux, c'est au tour de Valeria Bruni-Tedeschi de confirmer tout le bien que l'on pense d'elle après ses prestations mémorables sur tous les fronts (films d'auteurs, comédies populaires, petits rôles dans MUNICH et A GOOD YEAR). L'actrice n'en est pas à son coup d'essai puisqu'elle avait réalisé en 2003 son premier film, succès d'estime intitulé IL EST PLUS FACILE POUR UN CHAMEAU, qui scellait la collaboration avec la réalisatrice Noémie Lvovsky, sorte de pendant délurée de sa personnalité qui a beaucoup travaillé avec elle, la dirigeant dans FAUT QUE CA DANSE et co-signant ses scripts. Les deux personnalités nous livrent donc un film assez profond et très sincère, à la limite de l'auto-biographie acerbe centré sur le monde du théâtre parfois dérisoire ou au contraire très violent. Un film qui vise totalement juste dans son casting, ses représentations du monde théâtrale et dans son humour bien particulier, à défaut de trouver toujours le bon rythme.


Marcelline est une actrice de théâtre qui atteint la quarantaine. Sans enfants, sans maris et maintenant sans amants, elle doit absolument trouver un père pour lui faire un bébé avant qu'il ne soit trop tard. En attendant, elle est engagée pour incarner Nathalia Petrovna, une femme à l'opposé de sa personnalité, dans une pièce à laquelle elle ne s'identifie pas. Hanté par son personnage et par ses collègues les après les autres, elle tente d'oublier son passé et d'aller de l'avant pour comprendre le sens de sa vie.


Sous son aspect film d'auteur insaisissable, ACTRICES est en fait une oeuvre bien particulière qui s'adresse avant tout au métier d'acteur sans reproduire un schéma à la Lars Von Trier période DOGVILLE et MANDERLANE. La réalisatrice choisie en fait de parler du théâtre dans la vie d'une femme, véritable centre moteur du récit qui fait avancer l'intrigue petit à petit à travers ses frasques personnelles. S'étant toujours enticher d'hommes impossibles à avoir car engager ailleurs, elle prie maintenant Dieu et allume un cierge (ou l'éteint par inadvertance) pour trouver l'homme de sa vie à son âge. Sans cesse remuer par une mère beaucoup trop extravertie et exubérante pour elle, elle se réfugie donc dans le théâtre en acceptant un rôle important chez un metteur en scène cruel, violent et blessant, retrouvant par la même occasion une ancienne amie de théâtre devenue assistante mais aspirant à devenir actrice malgré l'ignorance de son entourage. Toute la force du film et probablement sa qualité principale réside dans le fait que la réalisatrice dresse des liens forts et réalistes qui lient la vie personnelle d'une actrice au rôle qu'elle joue, et faisant ainsi un parallèle entre ses préoccupations de célibataire et sans enfants et son jeu sur scène. Sans cesse au bord de la rupture, le personnage de Marcelline peut agacer par sa voix, ses gesticulations et son apparent désintéressement, mais elle est en fait un calque entre Valeria Bruni-Tedeschi et Marcelline, tout comme Nathalia Petrovna est le calque de Marceline. D'où une sorte d'impression de réalisme constant dans les scènes de théâtre, l'actrice nous partageant ses hontes et coups de gueule que l'on sent proches d'elle: un metteur en scène qui devient abusif et hypocrite, un jeune collègue représentant l'interdit et le bonheur d'être libre, une actrice pas encore rôdé et qui n'arrive toujours pas à pleurer, un second rôle totalement ignoré car peu intéressant dans la pièce (et cocu), et une assistante qui se permet de donner des leçons à ses amies tout en rêvant un jour de devenir elle-même premier rôle. Tout ceci baigne dans une atmosphère simple, minimaliste mais très importante, représentant quelques moments de la vie d'un acteur difficiles et angoissants: les répétitions où tout paraît faux et futile, la première représentation angoissante et languissante, les quelques secondes des artistes avant leur entrée en scène à l'extérieure du théâtre. Et vie privée se mélange même avec professionnalisme, et inversement.


Le but du métrage n'est en effet pas seulement décrire une simple journée au théâtre mais découvrir en quoi l'exemple de Marcelline est intéressant parmi les centaines d'actrices talentueuses que l'on connaissance. A cette question, seules les séquences se trouvant en dehors du jeu et de la répétition sont particulièrement judicieuses, permettant de comprendre de manière de plus en plus subtile les influences et inspirations du personnage principal. Malgré des scènes interminables malheureusement avec une tante espagnole et quelques séquences trop longues par rapport à leur importance, le film gagne en sensibilité et en puissance lorsque Marcelline reçoit la visite de ses êtres chers venu du passé: son père comédien qui lui donne encore quelques leçons et qui l'encourage à continuer la pièce, son ancien amant mort qui veut à nouveau la toucher, et enfin Nathalia Petrovna elle-même qui va être la seule à la poursuivre et à la pousser à se débarrasser de tout ce passé dur, émouvant et tragique pour aller de l'avant. Les métaphores sont subtiles mais fascinants dans le métrage, et c'est le grand travail de la réalisatrice dessus. Elle démontre dans les scènes de piscine l'impossibilité qu'à Marcelline à s'échapper, toujours rattraper par quelqu'un, et gagnant sa liberté lorsqu'elle "meurt" pour renaître immédiatement en nageant, abandonnant la pièce et donc l'ombre de Nathalia Petrovna qui voulait la faire souffrir. Sa vie de comédienne succède à sa propre vie et prend de plus en plus d'espace: ses douleurs passés nécessaires pour se construire un jeu crédible ne lui permettent plus d'avancer et elle est obliger de craquer, quitte à faire table-rase sur tout ce qu'elle connaît dans une hilarante séquence où elle trouve un bébé abandonné et s'en occupe avant de se rendre compte qu'il appartenait à une assistante choquée. Tout ceci parce qu'elle est en quête d'un bébé et qu'elle se sent obliger de voir en ces partenaires des pères potentiels pour son enfant, gâchant souvent les moments de romantisme.


Mais l'élément le plus important et judicieux du film réside dans son casting tout simplement parfait. Dans le rôle principal, Valeria Bruni-Tedeschi ne semble même plus diriger son film ni le conduire mais paraît réelle, existante sous les traits de Marcelline, renforçant encore un peu le doute sur la partie autobiographique du film et la thèse sur le travail du jeu d'acteur. De plus, elle est particulièrement bluffante lorsqu'elle agresse littéralement sa mère dans son lit, scène aussi éprouvante que drôle de part son dénouement. Marcelline est une grande enfant au fond, et c'est ce qu'elle nous prouve. Elle a aussi fait le choix judicieux de donner à Noémie Lvovsky le rôle de l'assistante amoureuse du metteur en scène, personnage totalement délurée et cruel qui sait aussi se montrer totalement loufoque, surtout lorsqu'elle commence un jeu de soumission avec un metteur un scène peu empreint à la plaisanterie. Mathieu Amalric est d'ailleurs parfait dans ce rôle, donnant aux quelques secondes d'humour délurée une touche d'hilarité supplémentaire. L'acteur qui a signé le meilleur rôle de sa carrière cette année avec LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON convainc une nouvelle fois le public de sa volonté et de son implication, surtout dans une scène de viol étrange et angoissante. Mais l'acteur que j'attendais surtout est le génial Louis Garrel, l'un des seuls acteurs qui dégagent réellement quelque chose dans ses gestes, dans sa voix et dans son regard. Aussi à l'aise que chez Christophe Honoré qui est le seul à lui avoir donné des rôles à la mesure de son talent, il est excellent dans ce rôle de petit comédien qui vit au jour le jour, amoureux du talent de Marcelline et incapable de s'engager définitivement. A noter aussi les apparitions plus que remarquables de Valeria Golino (quelle dame du cinéma, qui est passé de HOT SHOTS à 36 QUAI DES ORFEVRES), Maurice Garrel (père de) et Robinson Stévenin (LA PETITE LILI) en fantôme de la nuit.


ACTRICES est une oeuvre encore mitigée car ni comique ni dramatique, qui peine un peu à démarrer ses intrigues ou justement à les conclure (la dernière demi-heure est assez hasardeuse) mais montée avec la passion d'une actrice/réalisatrice de talent. Et même si cela n'est pas parfait et ne restera pas dans les annales, on sent que l'on a envie de montrer le film à d'autres et de le promouvoir, juste parce que l'humour de Tedeschi touche réellement lorsqu'il part en vrille.


"Gone Baby Gone" de Ben Affleck

Note: 7/10


Seconde adaptation d'un roman du grand Dennis Lehane (scénariste du prochain Scorsese) après le génial MYSTIC RIVER de Clint Eastwood, GONE BABY GONE demeure un événement non pas au niveau de sa transposition mais de sa réalisation puisqu'il s'agit du premier long-métrage de Ben Affleck. Acteur qui est malheureusement tombé dans les pièges du système sans aucune aide extérieure malgré sa sincérité permanente et ses rôles cultes antérieurs (DOGMA, MALLRATS et CHASING AMY chez Kevin Smith, son second rôle et scénario à Oscar pour WILL HUNTING). Choisissant les mauvais projets chez les mauvais réalisateurs, la chute est totale lorsqu'il se retrouve héros DAREDEVIL, PAYCHECK ou GIGLI, laissant de côté ses prestations plus que plaisants dans DERAPAGES INCONTROLES et JAY & BOB CONTRE-ATTAQUENT. Puis en 2006,il annonce son grand retour vers les films plus profonds qui lui tiennent à coeur (car il n'avait jamais réellement quitté les écrans en fait): il tient la tête d'affiche d'un petit film de Mike Binder (excellent ), il rend visite à Kevin Smith sur CLERKS 2, fait croire au public qu'il est le héros du génial SMOKIN' ACES de son ami Joe Carnahan (avant de mourir comme une loque avant toute fusillade potentielle) et surtout obtient le meilleur rôle de sa carrière dans HOLLYWOODLAND, où il incarne à la perfection George Reeves, arrivant à créer de toute pièce des émotions sur un meurtre au second plan de l'intrigue. GONE BABY GONE n'est donc pas une lubie ou un projet en l'air mais réellement un film qui lui tient à coeur, non seulement bien ancré dans la réalité (le film a été banni de quelques pays à cause de ses ressemblances avec une affaire de kidnapping similaire d'une petite anglaise au Portugal) mais aussi très travaillé sur l'adaptation avec Aaron Stockhard. En résulte un film totalement prévisible, empruntant tous les sentiers battus du genre, mais qui parvient quand même à se démarquer par la qualité des interprètes et le chemin emprunté par un héros un peu plus moderne que les autres.


Patrick est un fils de la banlieue de Boston, qui a grandi dans les quartiers pauvres et qui a utilisé ses connaissances du milieu pour devenir enquêteur privé sur des affaires miteuses. En collaboration avec sa fiancée, il est contacté pour retrouver la petite Amanda, disparue depuis 3 jours. Véritable poil à gratter pour la police qui accepte sa venue dans l'enquête, Patrick choisit alors de se rapprocher de la mère de la petite, ignorée dans l'enquête.


GONE BABY GONE est une enquête que l'on peut clairement divisée en deux parties, correspondant l'une comme l'autre à un rebondissement spécifique du film. La première et la plus originale réside dans le portrait fait des inspecteurs de Boston et de celui du privé Patrick Kenzie. Avec son look de petite frappe jamais classe et toujours avec des pull au rabais, il crée un décalage intéressant entre l'enquête actuellement menée par la police et la demande qu'on lui fait, de travailler avec les enquêteurs habituellement répulsifs pour retrouver une petite fille dont le destin semble scellé. Patrick découvre donc petit à petit ce qui faisait du cocon familial un véritable désastre: derrière un frère sobre depuis quelques années et protecteur envers la petite Amanda se cache une mère manipulée par sa meilleure amie, sans cesse droguée, apparemment peu concernée par toute cette histoire et surtout très étrange. C'est avec l'aide de Remy Bressant, un inspecteur aussi violent que impliqué dans ses enquêtes, que Patrick va alors découvrir à quelle point l'enlèvement est lié aux évènements ayant eu lieus les semaines précédentes. A force d'interrogatoires réellement tendus et de gueulantes contre Hélène, l'enquête devient alors une sorte de recherche pour trouver celui qui était capable de voler une somme d'argent importante à un autre dealer pas très content de ce vol dont il n'avait jamais entendu parler auparavant. L'affaire paraît cependant trop facile à résoudre, presque factice, et c'est malheureusement trop tôt que l'on devine ce qui risque de passer au niveau twist et révélation finale. Cependant, Ben Affleck prend le risque de mettre une sorte de conclusion à sa première partie du film qui dure au moins 45 minutes afin de perturber le spectateur avec le retour de la voix-off exemplaire de Patrick et de son constat sur l'étrange disparition de Amanda. En effet, malgré son manque évidente de tension qui pourrait réellement nous induire en erreur, la scène de nuit dans la forêt nous fait croire qu'Amanda est tombée d'une falaise durant un échange où le fameux dealer aurait tiré le premier sur Remy et son partenaire avant de laisser sa fille tomber au bord du gouffre. Son corps est bien entendu introuvable mais l'enquête est close, entraînant bizarrement la démission du grand Jack Doyle qui avait dirigé son équipe en mémoire de sa fille disparue.


C'est à partir de là que, bien évidemment, Patrick va commencer à retrouver des éléments et des récits compromettants qui mettent en doute la parole de Remy exténué par ses remises en question et ses jugements trop simplistes. Une partie totalement balisée, prévisible et même stéréotypée, qui permet aussi de mettre en valeur une séquence de fusillade bestiale qui prouve en quelques seconds la force de la mise en scène d'un Ben Affleck très crédible derrière la caméra. Se situant dans la maison d'anciens suspects qui pourraient être responsables de l'enlèvement d'un petit garçon, la séquence est propice à une boucherie mesurée mais tout de même sanglante et glauque, tournant vite au malaise de Patrick lorsqu'il découvre le corps du petit garçon dans la baignoire d'un pédophile qu'il assassine d'une balle dans la tête sans autre forme de jugement, ce qui lui vaudra des remords mortels. GONE BABY GONE apporte cependant beaucoup de chsoe au genre ou plutôt au héros puisque pour une fois il est en opposition avec les autres mais pour les bonnes raisons. C'est le seul à voulir s'obstiner car les autres ne veulent plus enquêter sur des fantômes ou sur des personnalités aussi populaires que Jack Doyle, et Patrick remarque que du flic de quartier jusqu'à sa propre fiancée, tout le monde est contre son enquête qui va pourtant vers le bien. C'est ce qu'il y a de plus étonnant et de plus judicieux dans le film puisque le héros est le seul à vouloir rendre la petite Amanda à sa famille, élevée certes chez une personne aimante et attendrissante (Jack Doyle, un traître donc) mais loin de sa véritable mère. Il fait donc le choix de perdre sa fiancée, de perdre des contacts et de tuer Remy Brassant lors d'un coup monté lors des aveux de Lionel qui est lui-aussi dans cette histoire d'enlèvement "pour le bien". Et le film se termine même sur une note plus que touchante où Patrick, même seul, ne se rend pas bien compte de ce qu'il aurait réellement dû faire mais sait maintenant qu'il a agi comme un adulte, qu'il a fait ce qu'il pensait être bon pour elle et non pour lui puisqu'il est seul. Seul pour avoir fait son devoir.


Le choix de Casey Affleck dans le rôle principal n'a rien de pompeux ou de symbolique mais se justifie amplement par les propos de son frère réalisateur: il sait quand il joue mal ou qu'il est crédible, il connaît ses expressions et son implication dans ses rôles. Après le loser de LONESOME JIM à qui il emprunte la démarche, ses parodies dans OCEAN'S THIRTEEN ("Peligroso es mi nombre media") et la lâcheté de Robert Ford dans le chef d'oeuvre THE ASSASSINATION OF JESSE JAMES BY THE COWARD ROBERT FORD, il est encore et toujours assez bluffant dans son rôle d'inspecteur un peu à la ramasse mais toujours impliqué, le seul à aller vers la loi et non pas passer sous silence les mensonges d'un service policier étrange et malsain. Le plus grand adversaire qu'il a devant lui dans le film demeure Ed Harris qui mérite amplement une récompense pour ce rôle, l'un des meilleurs de son immense carrière. On a beau connaître l'acteur qui est toujours excellent depuis ces dernières années (A HISTORY OF VIOLENCE), mais il est ici plus que cela, il est terrifiant lors de ses crises de nerf mais aussi particulièrement émouvant et compréhensible lors de sa mise à mort. Que l'on approuve ou non ces choix, il ne fait rien à moitié et il les assumait jusque bout, d'où un certain respect pour l'inspecteur Bressant. A côté de ces deux acteurs, le reste paraît aussi excellent que plus anecdotique, même si Michelle Monaghan (THE HEARTBREAK KID) est encore plus magnifique que d'habitude: Morgan Freeman a la classe quoi qu'il fasse (et surtout quand il joue un salaud inattendu), Amy Ryan (BEFORE THE DEVIL KNOWS YOU'RE DEAD) ne mérite pas d'éloges par centaines mais est plutôt juste dans un rôle de mère plutôt difficile car vulgaire et à la masse, John Ashton (INSTINCT) se fait tuer de manière inattendue, Titus Welliver (Silas dans DEADWOOD) arbore une voix grave et une moustache impressionnante, et Michael K. Williams (I THINK I LOVE MY WIFE) est plutôt très crédible dans son petit rôle de policier qui ne veut pas vendre la mèche.


Classique enquête qui finit bien si l'on se réfère à la petite Amanda encore vivante, GONE BABY GONE est en revanche un film un peu plus intelligent qu'il n'y paraît dans les choix faits par le héros, certes déjà vus plusieurs fois (surtout la perte de l'innocence lorsqu'il tue pour la première fois) mais très bien intégrés aux résolutions finales peu surprenantes. Ben Affleck est définitivement doué derrière la caméra, en attente d'un script transcendant pour signer peut-être un chef d'oeuvre. Qui sait ?


Commentaires

Commentaire par tib20011 au sujet de 1/8/2008 9:58
Ah mais Jeremie j'ai mes moments de bourrinage intensif sur "Hitman 2" moi aussi (le passage dans le hall de l'immeuble avec les pompiers...100 fois à mon compteur pour utiliser chaque arme possible et inimaginable une fois le jeu fini). Sauf que le film montre des fusillades filmées comme un énorme clip de techno avec une musique absolument lamentable, là où le côté "bourrin" de 47 était en fait très calme, avec une musique sublime et un côté "rentre-dedans" qui ne peut être montrer au cinéma (à part sur un ralenti filmé derrière le crâne du personnage avec un grain façon Michael Mann...sauf que c'est Gens derrière la caméra).
Commentaire par Jeremie79 au sujet de 1/8/2008 1:52
Je te rejoins sur ta critique de HITMAN sur la plupart des problèmes que tu soulèves ; néanmoins, j'ai trouvé le film pas trop mal, m'attendant en fait à pire encore.

Ce qui m'a fâché est la censure d'abord, ensuite le scénario souvent inutilement compliqué (mais qui reprend au passage quand même les quatre trames principales des jeux, contrairement à ceux que tu affirmes, ce qui est jubilatoire pour le fan que je suis) et enfin, l'absence incompréhensible de la corde de piano (hérésie !) et pas assez de dégusiements. Et puis, mettre des images de la série "Dark Angel" dans le générique d'intro, ça le fait moyen quand même.

Sinon, je n'ai pas trouvé les passages d'action bourrine déplacés, car ils représentent l'un des profils types du joueur de HITMAN. Je m'explique : il y a certes ceux qui, comme toi et moi, optent pour un assassinat silencieux et subtil, mais il y a ceux aussi qui n'hésitent pas à rentrer dans le lard. Les deux profils extrêmes sont donc plutôt bien représentés dans le film.

Enfin, je te rejoins sur Tim Olyphant, parfait dans le rôle. Il n'y a qu'à voir sa démarche troublante de ressemblance avec son homologue de pixels, pour se convaincre du bon boulot abattu apr l'acteur pour renter dans le personnage. Et la réalisation de Xavier Gens est émaillée de séquences quand même bien classes (le meurtre des toilettes, le sniping sur le toit...). Mais c'est vrai qu'on aurait aimé ces fulgurances plus nombreuses.

Reste que j'attends une éventuelle sortie d'une Director's cut" en DVD, pour me convaincre définitivement du niveau artistique de l'ensemble. En l'état, je lui met un petit 5,5, voire 6/10.


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