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"Rendition" - "Atonement" (Critique Cinéma)
1/12/2008 2:49

 

"Rendition" de Gavin Hood

Note: 7/10


Totalement démonté par la presse et la plupart de son public, RENDITION est une sorte de vilaine déception "hollywoodienne" (pour citer les journalistes employant ce terme à la con) pour tout ceux qui attendaient un thriller très porté sur la critique politique avec une satire et une dénonciation dans les règles de l'art. Or le film n'a jamais été vendu de la sorte, bien au contraire. Premier film américain de Gavin Hood (originaire d'Afrique du Sud) après MON NOM EST TSOTSI, qui a fait son petit effet dans aux Oscars, il s'agit avant tout d'une grosse commande histoire de donner du cachet au futur réalisateur du spin-off WOLVERINE. Premier script de Kelly Shane, le film est donc un moyen de véhiculer certes les informations secrètes obtenues par le scénariste sur les méthodes d'enlèvement et de torture communes de la CIA tout en dressant un portrait croisé de personnages largement inspirés des travaux de Stephan Gaghan (SYRIANA, TRAFFIC). Après IN THE VALLEY OF ELAH, THE KINGDOM et LIONS FOR LAMBS, RENDITION est donc le quatrième film à aborder des questions internationales directement liées avec la situation des Etats-Unis dans le monde. Et c'est avant tout le casting le plus jouissif de ce début d'année.


Au Caire, au milieu d'une place publique au trafic perturbé, une bombe explose et fait quelques dizaines de mort dont celle d'un agent américain de la CIA. L'attentat est revendiqué par un certain Silimine, terroriste connu des autorités. A des milliers de kilomètres de là, le scientifique Anwar El-Ibraim est interpellé lors de son retour à Chicago par les autorités avant d'être capturé et enfermé. Il est la nouvelle cible du programme "Rendition" qui autorise la CIA à capturer des présumés terroristes sans aucune forme de procédure judiciaire.


Dans le genre thriller politique alternant les intrigues et les points de vue, RENDITION se trouve rondement bien mené la plupart du temps, grâce à une relation subtile entre l'emprisonnement de Anwar et les recherches de sa femme Isabella restée aux Etats-Unis, qui tente désespérément de trouver où et pourquoi a été emmené son mari. Le réalisateur s'amuse donc à détruire leur vie familiale au fur et à mesure que les minutes s'écoulent, semant d'embûches le chemin que devra mener Isabella pour découvrir la vérité. Et pour cause puisque la pauvre est enceinte de 9 mois, prête à accoucher, et qu'elle élève seule un enfant qui se plaint de ne jamais voir son père. Au départ simplement déçue de ne pas voir arriver son mari à l'heure, elle va ensuite s'intéresser à son cas lorsqu'on lui annonce qu'il n'est jamais monté dans l'avion en Afrique alors qu'un message de la banque indique qu'il a utilisé sa carte-bleue durant son escale. Demandant de l'aide à Alan Smith, un avocat qui ne pensait jamais la revoir depuis qu'elle la quitté pour Anwar (on peut aisément deviner qu'ils étaient amis et qu'elle a trahi Alan pour se marier avec le second), ils vont tout les deux se heurter à la vérité lorsque le sénateur pour qui Alan travaille annonce que les ordres du programme Rendition sont donnés par une femme aussi froide que implacable, la terrifiante Corrinne Witman. Si l'on pourrait croire que l'intrigue dialoguée se déroulant entièrement dans des bureaux blancs et vides, il n'en est rien puisque chaque conversation apporte son lot de révélations et ne respire jamais les stéréotypes. Se rendant bien compte que sa place est en jeu après une engueulade mesurée lors d'une soirée mondaine exemplaire, Alan décide de se retirer de l'affaire et de laisser seule Isabella qui sera alors écarter du métrage, prête à accoucher alors qu'elle vient d'affronter l'ignorance de Witman et du sénateur Hawkins qui souhaite ne pas trahir sa campagne pour une affaire de terrorisme étrange. C'est belle et bien ici que l'on peut trouver reproches sur les méthodes de ce programme et des réponses américaines aux familles conservées, particulièrement réalistes grâce à des dialogues ciselés. L'autre pendant de cette intrigue est tout aussi géniale et passionnante, puisqu'il s'agit du point de vue "interne" à travers les yeux de Douglas Freeman, agent vivant depuis quelques mois en Afrique et qui vient tout juste d'être promu après avoir assisté à un attentat plutôt bien foutu où il a vu son collègue mourir sur ses genoux. Entretenant une relation pas forcément utile avec l'une de ses collègues, Freeman se révèle être le personnage le plus intéressant du lot de caractères puisqu'il change constamment d'avis face à la torture et à l'emprisonnement d'Anwar. Au début réticent à la torture mais vite forcé à se taire, il mène une vie qui va de désillusion en désillusion quand il se rend compte qu'il contient la même violence dans ses gestes envers lui, offrant un pur moment de pétage de plomb lors de son interrogatoire musclé. Persuadé cependant que Anwar est innocent, il comprend que ce dernier n'en peux plus et va bientôt se sacrifier en acquiesçant tout ce que ses bourreaux lui demandent et en citant une équipe de football en tant que ses contacts terroristes. Livrant alors une bataille contre son supérieur, il le fait libérer secrètement pour qu'il rejoigne enfin sa famille tout en gardant ses distances avec lui, n'agissant jamais par sympathie mais juste par morale.


Si le film pouvait en rester là, ce ne serait pas plus mal, les deux parties étant bien mises en scène (surtout celle avec Freeman et les scènes de torture) et laissant place à une photographie pas trop torchée. Malheureusement, et c'est véritablement là que le film déçoit, le scénariste s'est senti obligé de mettre une mystérieuse penture aussi pittoresque que mal intégrée au reste de l'histoire du milieu terroriste avec toute une intrigue se déroulant finalement dans le passé 1 semaine avant les évènements que l'on voit en fait dans le film (c'est à dire les intrigues de Isabella et de Freeman). En plus de proposer une vision réductrice de ce monde totalement stéréotypé (mon frère a été tué alors je le venge et je fais un album photo), toute cette partie se situant dans le quartier du Caire a le cul entre deux chaises avec la venue d'une intrigue amoureuse où il ne se passe rien, chaque scène étant allongée au maximum entre le jeune irresponsable Khaled et Fatima. Pourquoi intégrée cette partie dans le passé qui non seulement détruit tout le suspense autour de l'attentat (à quoi ça sert de montrer qui l'a fait si les résultats sont les mêmes) ? Juste pour faire le lien avec le comportement du chef des autorités locales qui se charge de l'interrogatoire musclée d'Anwar puisqu'il s'agit du père de Fatima qui a compris que sa fille était morte lors de l'attentat. Le pire est que tout ceci laisse libre cours à des incohérences scénaristiques qu'il faut mieux oublier sous peine de passer une heure à essayer de comprendre si le tout se tient. Cette sorte de raccourci à l'émotion facile peut effectivement énerver, bien plus que les retrouvailles agréables mais mal photographiées entre Anwar et sa famille. D'autant plus que le tout est porté par le score franchement hésitant de Paul Hepker et Mark Killian, déjà au service de Hood sur TSOTSI.


Reste un casting tonitruant qui franchement demeure exemplaire de tout en bout, bien loin des débilités que l'on peut raconter dans les magazines pseudo-cinéphiles qui préfèrent parler d'une idylle entre deux acteurs plutôt que de l'intégralité de cette galerie de personnages hauts en couleur. En premier lieu, c'est toujours Jake Gyllenhaal qui m'émoustille dès qu'il entre dans le plan. Une fois encore réellement dans son personnage malgré des apparitions de plus en plus écourtés, il joue parfaitement le pauvre type un peu perdu et sonné par l'accident mais qui va finir par assumer son statut autoritaire pour s'opposer à ses collègues égyptiens qui le voit d'un mauvais oeil. Côté égyptien, nous avons surtout le droit à des acteurs parlant aussi arabes, donnant un peu plus de cachet à certaines séquences puisque le film ne se déroule pas en anglais seulement: l'impérial Yigal Naor (MUNICH), la très réservée Zineb Oukach, la belle petite amie clichée Raymonde Amsalem, et le très irritant petit terroriste au bout de sa vie Moa Khouas (PLUS BELLE LA VIE, ça inspire le respect face à MUNICH). Sans oublier le petit rôle amusant de Simon Akbarian (CASINO ROYALE) qui se réserve une expression totalement culte sur les femmes battues en Egypte. De l'autre côté de la frontière entre bourreaux et victimes, on retrouve évidemment l'excellente et très mignonne Reese Witherspoon qui semble se donner corps et âme pour le rôle, n'hésitant pas à exploser sa voix lors des multiples cris qu'elle livre face à l'indifférence générale à laquelle son personnage doit faire face. Et c'est très crédible, comme d'habitude chez l'actrice, qui a tout de même été récompensé pour son rôle génial dans le magnifique WALK THE LINE. Aidé par l'un des nouveaux seconds rôles les plus sous-employés du cinéma, le grand Peter Sarsgaard et son air désabusé que j'adore (et qui pourtant fait bien plus que ça, voir ses rôles aussi variés dans GARDEN STATE, l'inédit YEAR OF THE DOG ou JARHEAD avec Gyllenhaal) qui tente d'obtenir des informations virulentes chez Alan Arkin (fraîchement récompensé pour son interprétation dans LITTLE MISS SUNSHINE – et c'est mérité !) et la glaciale Meryl Streep, définitivement capable de tout jouer encore son âge (la méchante du DIABLE S'HABILLE EN PRADA, la journaliste bouleversée de LIONS FOR LAMBS, et maintenant une femme aussi amorale que dérangée). Encore une fois, les seconds rôles pleuvent puisqu'on a le droit aux apparitions de l'hilarant J.K. Simmons (qui pourrait faire un meilleur J. Jonah Jameson maintenant ?) et de Bob Gunton (DEAD SILENCE, FRACTURE). Cependant, il serait hypocrite de ne pas saluer la performance dénudée et virulente de Omar Metwally (MUNICH encore et toujours), totalement oublié durant la promotion du film et pourtant excellent en victime malgré lui d'un système qui a ses failles et qui n'empêche en rien les terroristes de continuer leurs attentats destructeurs. Un excellent rôle où l'acteur souffre de tous les mots.


Au final, RENDITION est un film mineur qui aurait gagné à être plus court à cause d'une intrigue plombante et presque inutile présentant une idylle impossible entre la fille d'un père de famille désabusé et un terroriste en herbe. Reste un thriller politique efficace, plus dramatisé que politisé, et plus porté sur ses personnages que sur sa thèse de fond. Reste le fait que l scénario abordé intelligemment une pratique peu courante mais belle et bien réelle, qui fait des centaines de morts chaque année. Comme quoi, même si on peut détester le manque de satire et de critique virulente dans le film, il reste du même acabit que les autres sur le même sujet. Mais cette fois, on se plaît à s'intéresser aux personnages.


"Atonement" de Joe Wright

Note: 9/10


Des coups de chance comme celui qu'a eu Joe Wright sont rares, mais c'est tant mieux. Je n'aurais en effet pas parié un sous sur le projet d'adaptation du roman de Jane Austen ORGUEIL ET PREJUGES, et pourtant le film en étonné plus d'un, moi le premier. Les sceptiques des films romantiques dans ce genre (généralement très niaiseux) ont été emballés par une réalisation parfaite et une musique sublime, tandis que les critiques ont été enchantés par cette romance particulièrement crédible et bien adaptée de l'auteur. Un film qui a fait son petit effet et qui a propulsé Joe Wright au sommet puisqu'il a en effet pu choisir son prochain projet sans problème. A la vue des premières images de ATONEMENT, on ne pouvait que rester mitiger: la bande-annonce étant assez mal fichue (elle en montre trop sur la première partie sans pour autant déballer ce que cache le récit), il s'agit d'une nouvelle adaptation de roman, et Joe Wright engage à nouveau la belle Keira Knightley (qui s'en plaindra !) pour incarner une héroïne en costume. Normalement, le film aurait dû décevoir en raison de l'importance du roman EXPIATION de Ian McEwan (le réel sens de ATONEMENT, pour ceux qui pensent que REVIENS-MOI est un titre judicieux). Et c'est tant mieux, puisque le film m'a d'autant plus transcendé avec cette peur de revoir un peu la même version de Wright sur des thèmes balisés. Se situant en totale opposition à son précédent film et prouvant toute la maîtrise visuelle de l'auteur (qui arrive à convaincre même lorsqu'il dirige une pub Chanel classe), ATONEMENT ressort grandit. Certains disent un chef d'oeuvre qui pourrait accumuler les récompenses américaines en ce début d'année. Et bien ils ont raison. Nous assistons là à la naissance d'un grand réalisateur qui signe un magnifique film.


Dans l'immense résidence Tallis, la relation entre maîtres et valets se bouscule. La petite Briony, 13 ans à peine, termine sa première pièce de théâtre remarquable tandis qu'elle s'éprend de Robbie, un des domestiques qui a décidé de partir continuer sa vie ailleurs grâce à ses études de médecine. En froid avec lui depuis quelques mois, la belle Cecilia se rend enfin compte de ses sentiments pour lui tandis qu'il fait de même. Mais Briony, jeune fille aussi calculatrice que jalouse et envieuse décide de nuire à leur idylle en les séparant coûte que coûte.


Le film se divise en trois grandes parties distinctes aussi passionnantes les unes que les autres, mais présentant d'énormes différences d'un point de vue scénaristique. La première est celle que l'on pouvait craindre puisqu'elle s'intéresse à la demeure Tallis et aux domestiques, faisant évidemment penser que Wright va faire l'erreur de recommencer les idylles entre deux êtres d'un rang social différent sous les yeux d'une famille réticente. Sauf que ATONEMENT est bien plus que cela et commence déjà par dresser le portrait contrasté de deux soeurs aussi énigmatiques l'une que l'autre. Briony est donc une jeune fille déjà pleine d'espoir mais aussi de jalousie, d'hypocrisie et de passion, depuis sa plus tendre enfance amoureuse de Robbie qui n'est qu'un domestique protecteur de plus, énervé par son comportement enfantin et capricieux. Il est en revanche bien plus intrigué par la belle Cecilia, qui lui réserve d'étranges conversations où leurs sentiments amoureux se mêlent parfois dans une haine ou une gêne commune. Mais ce qui fait la grande force de toute cette première partie est avant tout le parti-pris esthétique du film, qui fait passer cette histoire d'une romance de plus à un véritable choix de mise en scène aussi bien osé que maîtrisé. Wright choisit en effet d'accélérer ses intrigues le plus possibles sans les bâcler, c'est à dire en étoffant au fur et à mesure ses intrigues avec des retours-en-arrière qui expliquent souvent d'un autre point de vue ce que l'on vient de voir. Un impact renforcé par un montage qui mériterait grandement d'être récompensé tant il atteint des niveaux de jouissances absolues, même lorsque le simple titre apparaît dans une police frappante et une bande-son subite. C'est aux touches d'une machine à écrire que le réalisateur s'inspire pour construire sn film, choisissant parfois de refaire une scène d'un tout autre point de vue afin de donner de la consistante à ses scènes ou même de donner du suspense au moindre choix de Robbie, Cecilia ou Briony. En résulte donc la séquence près de la fontaine où l'on croit à une scène de séduction du point de vue jaloux de Briony, et qui est en fait une énième prise de bec entre Robbie et Cee non moins dénué d'érotisme amusant (elle sort d'une fontaine dans une petite tenue transparente sous les yeux du domestique). Bien loin du classicisme des oeuvres de ce genre, Wright choisit de mouvementer les choses, de bouleverser le temps ou les habitudes d'un spectateur qui se trouve alors réellement impliqué dans le métrage. Et c'est un but totalement réussi puisque l'on se prend d'amitié pour Robbie lors de l'écriture d'une lettre cocasse qui va finir dans les mains de Cecilia par le plus grand des hasards, avant la fameuse scène de la bibliothèque que l'on attendait pas. Les sentiers utilisés maints fois sont reniés par le réalisateur qui choisit une approche particulière et moderne d'un sujet qui nécessitait un mouvement comme cela pour se renouveler. Et tout fonctionne à merveille lorsque le drame éclate au moment où on l'attendait le moins, puisque l'étrange atmosphère qui règne sur la demeure Tallis se matérialise par le viol de la petite Lola qui développe une forte attirante pour les hommes mûrs. Un viol qui sera utilisé par Briony pour mettre fin à cette idylle qui la déchire puisqu'elle annonce à la police qu'elle a vu Robbie prêt du corps de Lola, encore sous le choix lorsque la petite Tallis la convainc de témoigner contre lui.


A partir de là, dans ce déchirement total, ATONEMENT se joue de tout les films romantique pour devenir avant tout une épopée teintée de romance, une sorte de film de guerre rattaché à l'amour de deux êtres séparés par le lieu, le temps et la violence du monde qui les entoure. Robbie est en effet devenu soldat pour sortir de prison le plus tôt possible et est rattachée à une unité envoyé en France durant la Seconde Guerre Mondiale. Commence un long périple que l'on pourrait croire gâchée par la venue au montage de Cecilia, mais qui se centre avant tout sur le personnage de Robbie. D'où l'impression de voir un film dont Robbie est le héros et non pas Cecilia, transformant une nouvelle fois les règles du genre puisqu'ils ne seront ensemble que durant un court instant avant que Robbie ne reparte dans son infanterie. Mais avant tout, outre le fait qu'il s'agisse d'un drame amoureux où les deux êtres ne peuvent se revoir depuis le caprice d'une jeune fille torturée par son erreur, c'est surtout le visage de Robbie face aux horreurs de la guerre qui nous intéresse. C'est certes stéréotypé, mais pourtant Wright n'hésite pas à employer les grands moyens et transcende la guerre comme l'a fait avant lui Clint Eastwood avec la même volonté de s'intéresser au point de vue humain, à travers des découverts aussi terrifiantes que celle dans les bois où des dizaines de jeunes filles ont été abattues par les ennemis. Faisant le parti pris de ne pas montrer le destin de Cecilia, Wright se résout surtout à filmer à hauteur d'homme tout ce que la guerre engendra et tout ce qui changera Robbie au point de ne plus croire en sa propre humanité, pleurant devant une scène de baiser car il sait qu'il ne pourra jamais revoir de la même façon sa bien-aimée. Et comme vous en avez entendu parler, tous ces propos sont contenus dans un plan-séquence aussi sublime que déchirant, aussi magnifique que exemplaire, celui se situant sur la plage de Dunkerque où Robbie et deux autres de ses compagnons assistent à des découvertes terrifiantes qui entament un processus de déshumanisation des soldats. Débutant par une conversation entre un général et Robbie, ce dernier va s'énerver contre les ordres qui lui interdisent de partir le premier d'un bateau pour rejoindre Cecilia, l'obligeant à continuer sa route sur la plage. Il croise alors la route de soldats chargés d'exécuter devant la caméra des chevaux qui tombent les uns derrière les autres, tandis qu'il continue sa route. On passe alors dans une sorte de regard interne où l'ombre de Robbie disparaît, laissant place à une caméra fantôme qui longe une épave de bateau puis une chorale, remontant toute la plage et faisant le tour d'une dizaine de soldats en train de chanter avec de revenir sur Robbie qui marche en direction du bar, repoussant un alcoolique et regardant une dernière fois la plage derrière lui avant de demander un verre. Difficile de dire autre chose puisque le plan est un monument du cinéma, sans doute la plus belle séquence de guerre depuis IL FAUT SAUVER LE SOLDAT RYAN. La preuve que même des cinéastes "mineurs" peuvent réaliser une vision originale d'une scène classique avec des effets et des émotions qui transcendant l'écran, le tout favorisé par la partition extraordinaire de Dario Marianelli (sa bande-originale est encore meilleure que celle de ORGUEIL ET PREJUGES) et la photographie taciturne de Seamus McGarvey (HIGH FIDELITY, THE HOURS, WOLRD TRADE CENTER).


Malgré le seul et unique défaut du film qui revient à de trop nombreuses reprises pour rien (le fameux "Come back. Come back to me" assez chiant au bout d'un moment), ATONEMENT entame sa dernière partie en se concentrant maintenant sur la douleur de Briony, le dernier personnage que l'on s'attendait à voir comme héroïne puisqu'elle est volontairement antipathique depuis l'âge de 13 ans. Devenue infirmière pour se punir de ses choix infantiles, elle continue décrire pour se repentir tout en assistant elle-aussi aux pires horreurs de la guerre, devant affronter chaque jour l'arrivée de nouveaux accidentés (sublime séquence de quelques minutes poignantes), brûlés ou blessés graves, et tentant ainsi de racheter son âme en s'impliquant le plus possible dans ce qu'elle fait, quitte à faire la conversation à un soldat allemand qui divague à cause d'une blessure ouverte au cerveau. Le parti-pris du réalisateur est d'en faire un personnage de repentir pour transcender la fin de son film qui sur le papier est absolument excécrable. Du moins, la première fois que l'on aperçoit un écran de télévision dasn un film d'époque, on se demande si Wright n'a pas cédé à l'épiloge larmoyant de trop qui place toute son émotion dans le discours d'une vieille dame façon TITANIC. Et pourtant, cette fin là gane en explications et en émotion grâce aux propos étranges d'une vieille Briony qui affronte ls questions d'un journaliste sans pouvoir contenir ses larmes. Une fin qui paraît alors parfaitement justifié avec ce qui précède, où l'ellipse dans l'histoire de Robbie faisait comprendre qu'il était revenu à Londres et qu'il avait retrouvé Cécilia, obligeant Briony à rétablir la vérité suite au mariage entre Paul Marshall (le véritable violeur, fabriquant de chocolat prétentieux) et la jeune Lola qui ne peut plus témoigner contre lui. Pourquoi une telle fin ? Pour montrer à quel point le roman EXPIATION écrit par Briony (qui fait suite à TWO FIGURES BY A FOUNTAIN qu'elle n'arrivait pas à terminer) est un roman aussi sincère que hypocrite, laissant une part de doute quant aux véritables intentions de Briony. En effet, et c'est à que la fin est extraordinaire et apparaît comme un tour de force magnifique, Briony explique petit à petit que ces retrouvailles sont fausses puisque (images émouvantes à l'appui) Robbie est mort lorsqu'on l'a quitté (dans un refuge miteux à Dunkerque) et que Cecilia a été victime d'une inondation alors qu'elle s'était réfugié dans un tunnel du métro lors des bombardements de Londres. Toute cette scène où Briony affronte le regard de Robbie est donc une scène purement imaginative qui veut être l'ultime geste de l'auteur envers les deux amoureux, une scène de bonheur qu'ils n'ont jamais réellement eu. Mais en plus de ça, il s'agit aussi d'un moyen pour elle de se disculper, de ne plus avoir cette rancoeur éternelle qui l'empêche de dormir, et encore une fois par égoïsme de donner aux autres beaucoup après avoir ruiner littéralement leur vie. Elle s'imagine en tout cas que c'est le dernier geste qu'elle aurait pu faire, refusant de voir la vérité en face de peur de se retrouver assaillie, quelques semaines avant sa mort certaine, à nouveau de se sentiment de culpabilité qui l'a fait fuir de la demeure familiale il y a des années de cela. Briony reste un mystère en tout cas dans ce dernier entretien touchant, laissant ensuite place à quelques scènes de couple heureux qui nous font réfléchir sur le destin de Robbie et de Cecilia, qui n'ont partagé que 3 minutes dans une bibliothèque il y a des années de cela. Et ça en valait la peine étant donné que la passion leur a tout donné et les a aussi déchiré.


Habitué aux directions d'acteurs parfaites et rendant parfaitement compte de la personnalité exécrable de certains personnages (souvenez-vous de la mère Bennet), Joe Wright transforme une fois de plus son casting apparemment "classique" en une bande d'acteurs réellement crédibles et faisant parfois preuve d'un humour à froid dans la première partie du film. ATONEMENT est bien sûr porté par Keira Knightley qui cependant ne handicape pas le métrage par sa présence outrancière, bien au contraire: son absence quasi-totale des deux dernières parties du métrage font que son personnage hante encore plus l'écran, due à une première partie où sa prestation est mémorable (la scène de la bibliothèque, sûrement la scène la plus culte que Keira ait tourné avec l'ensemble de DOMINO) et à des conversations qui tournent sans cesse sur ce qu'elle est devenue. Wright mélange même les genres en faisant d'elle un personnage de film noir qui conclue ses apparitions par des plans énigmatiques tirés des films des années 50/60 et des enquêtes de Ingrid Bergman: l'entretien avec la police dans le noir, le départ du bus et le baiser à la fenêtre qui donne directement sur Briony sur le trottoir. Mais ma surprise vient avant tout de James McAvoy. Je ne pouvais pas du tout le supporter dans le correct THE LAST KING OF SCOTLAND où il abusait de sa tête à claque pour jouer un rôle de victime agaçante (surtout lors de cette stupide relation amoureuse avec la femme du dictateur), et il a réussi à me convaincre qu'il pouvait aisément rentrer dans un rôle attachant dont le destin cruel va nuire aussi bien son moral que son physique, le laissant mort si prêt du but. En attendant de le voir en héros malgré lui dans WANTED, ATONEMENT est la confirmation du talent de ce jeune homme au physique assez froid. Briony est quand à elle interprétée par 3 actrices talentueuses: la prometteuse Saoirse Ronan (I COULD NEVER BE YOUR WOMAN), la magnifique Romola Garai (SCOOP, ANGEL) grimée pour le rôle, et la vieille Vanessa Redgrave qui a une grande carrière derrière elle. Les seconds rôles sont en tout cas incarnés par des acteurs souvent cantonnés aux apparitions en second plan et qui pourtant dégagent un professionalisme confondant, comme Patrick Kennedy (A GOOD YEAR) en frère heureux de retrouver sa famille, l'angoissant Benedict Cumberbatch (AMAZING GRACE) en chocolatier aux vices cachés, Danny Mays (THE SECRET LIFE OF WORDS) en soldat aussi horrifié que son commandant pendant la guerre. A noter aussi quelques apparitions remarquables et plutôt amusantes: Lionel Abelanski (LES YEUX BANDES, MAIS QUI A TUE PAMELA ROSE), Michel Vuillermoz (COMBIEN TU M'AIMES, FAUTEUILS D'ORCHESTRE) et l'excellent Jeremie Renier (L'ENFANT, FAIR PLAY) en français résistants ou victimes de la guerre, ainsi que le réalisateur Anthony Minghella (COLD MOUNTAIN, BREAKING AND ENTERING) en interviewer final qui heureusement évite le champ/contre-champ pour laisser la parole à Briony en fin de parcours dans son discours édifiant.


ATONEMENT est donc un sacré moment de cinéma qui débute parfaitement bien l'année et que l'on retrouver aisément dans les Top des rédacteurs de tout les horizons dans un an. Aussi bien émouvant que transcendant, Joe Wright prouve en tout cas que ORGUEIL ET PREJUGES n'était pas qu'une adaptation bien fichue de pacotille mais la première pierre de son édifice cinématographique. Et même s'il ne repartira peut-être pas avec des Golden Globes ou des Oscars, une chose est sûre pour moi: Joe Wright est un grand réalisateur.


Commentaires

Commentaire par tib20011 au sujet de 1/14/2008 10:30
Et en plus il gagne des Golden Globes totalement mérité ^^
Commentaire par feel4ya au sujet de 1/14/2008 9:29
trop envie de voir Atonement ;-)
Commentaire par tib20011 au sujet de 1/12/2008 12:24
Très content que tu aimes "Rendition", je pensais être réelement le seul à avoir accroché à ce film qui mérite plus.

La bande-annonce de "Atonement" m'avait aussi laissé perplexe, et pourtant j'ai déjà vu le film deux fois tant j'ai accroché. Comme quoi, parfois, des bandes-annonces réellement mauvaises de films intriguants peuvent nous faire rater un film. Et quel film !
Commentaire par Geouf au sujet de 1/12/2008 10:56
Moi je le trouve bien virulent et rentre-dans-le-lard, Rendition. Même si le coup du twist chronologique n'était pas nécessaire; je le trouve beaucoup plus engagé qu'un The Kingdom qui se transforme en banal film d'action sur la fin.
Et pour Atonment, la BA ne me motivait pas du tout, du coup je l'ai zappé (et pourtant il est resté au moins 2 mois à l'affiche ici). Je commence presque à regretter. Bah, je l'offrirai en DVD à ma chérie pour la Saint Valentin, comme ça on pourra le voir ensemble...


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