"Astérix aux Jeux Olympiques" - "Les Liens du Sang" - "Things We Lost in th (Critique Cinéma)
2/8/2008 11:55

« Astérix aux Jeux Olympiques » de Thomas Langmann & Frédéric Forestier Note : 1/10
Il y a un an, TAXI 4 frappait le box-office un grand coup tout en étant la plus grosse bouse française de 2007. Comme on ne change pas une recette qui gagne, voilà que débarque sur nos écrans le « très » attendu ASTERIX AUX JEUX OLYMPIQUES. Pourquoi aussi attendu ? Parce que d’abord, ASTERIX & OBELIX MISSION CLEOPATRE, le précédent volet, avait explosé les records en son temps. Alain Chabat prouvait qu’Astérix sur grand écran n’était pas ringard et lamentable comme dans ASTERIX & OBELIX CONTRE CESAR, mais aussi parce qu’il s’agissait d’un auteur comique exemplaire qui insufflait bon nombre de nouveautés dans les comédies françaises typiques. J’ai bien dit auteur car c’est visiblement le problème qui se pose entre le deuxième et le troisième volet : Alain Chabat étant aujourd’hui totalement décrié pour avoir fait un film « à l’humour Canal et Les Nuls » (la plus grosse qualité du métrage d’ailleurs), les deux producteurs ont choisi de réaliser eux-mêmes un film dont le budget dépassera tous les records français. C’est d’ailleurs le seul argument de vente des déconcertants Thomas Langmann et Frédéric Forestier (réalisateur du BOULET et des PARRAINS quand même), qui n’avaient auparavant jamais vraiment pris de risque à part sur quelques projets à venir (et sur le génial STEAK). Deux producteurs plus que deux réalisateurs qui en plus s’attribuent le scénario et l’adaptation d’un volume plutôt amusant de la saga Astérix faisant immédiatement référence aux 12 travaux d’Hercules détournés. Si la BD était comme toute les autres dans la grande tradition de son héros principal, ASTERIX AUX JEUX OLYMPIQUES est aussi comme on l’attendait tous : un film absolument pathétique, immédiatement ringard et catastrophique sur toute la ligne. Et ça fait vraiment du mal de voir que, malgré un bouche-à-oreille chaotique, il arrive encore à attirer 3 millions de spectateurs dans les salles. Comme LES BRONZES 3 et TAXI 4 en fait, et comme toutes les suites à succès ratées qui vont suivre.
Alafolix tombe amoureux de la princesse Irina promise à Brutus, le fils de César. Enragée par le comportement de ce dernier et son amour pour le Gaulois, la princesse promet de se marier avec le gagnant des prochains Jeux Olympiques qui auront lieu sur ses terres. Véritable défi pour les deux hommes, c’est ainsi que les Gaulois débarquent aux Jeux pour mettre à mal les plans des Romains.
Ce qu’il faut savoir d’abord, c’est que derrière cette apparente intrigue un peu tirée par-ci par-là de la bande dessinée originale se cache en fait ce que l’on appelle le plus gros fourre-tout du cinéma français. En plus d’y retrouver n’importe quoi, on y trouve donc de tout, bien malheureusement. A commencer par une intrigue traitée totalement par-dessus la jambe, se concentrant d’abord sur un héros exécrable (Alafolix qui tombe dans chacune de ses scènes parce que les gags c’est drôle) pour vaguement parler du départ de Astérix et Obélix de leur Gaule natale, et finalement traitant de tout les personnages assez cons pour faire rire le spectateur. Nos deux personnages principaux sont donc traités d’une manière déconcertante, n’ayant pas de scènes de plus de 5 minutes, et servant juste de moyen à présenter les Jeux Olympiques ou tout du moins le fameux Brutus. Le teaser original (repris dans le film, comme-ci on en avait pas ras le bol de le voir en boucle depuis 5 mois) avait donc raison : il s’agit bien là de BRUTUS AUX JEUX OLYMPIQUES plus qu’autre chose, le fils de César ayant l’intrigue la plus conne et la plus développée du récit, multipliant les gags et les retournements de situation magnifiquement bien scénarisés par de gros tâcherons qui visiblement ne connaissent rien à la construction d’un récit. Plantant leurs décors n’importent où pour n’importe quelle raison, on se retrouve même à se demander ce que viennent faire les Jeux Olympiques dans les 2 heures de métrage. On nous montre trois épreuves tout au plus, largement écourtées, et puis basta, les Gaulois étant renvoyés de la compétition pour avoir pris de la potion magique. Ça c’est fort puisque toutes les épreuves sont passées sous silence jusqu’à une course de char interminable. On se fout royalement de tout ce qui se passe à l’écran puisque c’est digne d’une histoire d’un enfant de CE2 qui ne sait pas vraiment quoi faire avec tous ses petits bonhommes. Alors il les met dans n’importe quelle situation pour faire joli et faire rire le spectateur de moins de 10 ans. Sans compter un ramassis de stéréotypes lourdingues et de séquences qui font réellement pitié, surtout celles où les pauvres Astérix et Obélix tentent de revenir à l’écran à grands coups de gags poussifs à souhait.
Il faut bien reconnaître que chaque personnage ayant un schéma gros comme le cachet des acteurs, on a tout sauf une grande originalité au long du film. Avec sa pléiade de seconds rôles encombrants et de caméos vides de sens, on se sent alors véritablement gêné de voir à quel point Langmann et Foréstier nous prennent pour des cons. Astérix et Obélix obtiennent le même temps à l’écran que le ménestrel Assurancetourix et que Alafolix qui est définitivement l’homme à abattre. Mais ce n’est rien puisque les gauloins n’occupent que le tiers du scénario du film, laissant la part belle aux intrigues saugrenues (et c’est péjoratif) de Brutus qui veut absolument tuer César et qui utilise quelques assistants pour y parvenir. Voulant écarteler tout le monde, le personnage devient vite totalement épuisant, tournant dans le vide et cabotinant avec le tueur professionnel Couverdepus qui crée des pièges nazes (un miroir qui tuera le testeur de miroir), le mage Docteurmabus (quel jeu de mot) qui lui confiera quelques secrets pour empoisonner son père, et s’encombrant de soldats inutiles et pas drôles (le muet Pasunmotdeplus). Une sous-intrigue aussi vaine que celle des Jeux Olympiques dont on se contrefout. Le pire est que le spectateur sort de la salle avec l’impression de ne rien avoir vu, étant donné qu’il ne se passe globalement rien de tout le film. Un gag est suivi d’un rebondissement lourdingue qui remet les Jeux au centre du récit pour finalement retomber à plat dans des scènes intermédiaires aussi peu épiques qu’une course finale encore plus inutile que le reste. Franchement, un spectacle comme celui-ci, on a juste envie de lui cracher à la figure. Surtout lorsque les références pompeuses (le sabre Jedi manié pendant des secondes…d’accord) et les noms ratés (rajoutons « Ix » et « Us » à tout les jeux de mots) sont de plus en plus présentes.
Les acteurs, parlons-en maintenant. Mais que dire de concret en fait ? Jamais je n’aurai pensé pouvoir dire que Clovis Cornillac, que je défends depuis toujours (surtout depuis EDEN LOG maintenant), est un piètre descendant de Christian Clavier dans le rôle de Astérix. Il gueule, débite des dialogues nonsensiques et jamais drôles, et écarte les jambes dans toutes ses apparitions avec un sourire insupportable. Gérard Depardieu, le seul acteur dans son rôle, n’a aucune séquence mémorable et n’est là qu’en bon faire-valoir au cas où les scénaristes ne sauraient pas finir une scène (voir la montée au balcon de Brutus). Benoît Poelvoorde fait rire à trois reprises (lorsqu’il se met à chanter des airs très connus et sa réplique « Ca roulait bien » très naturelle) mais est exténuant, frôlant le pétage de plomb dans chacune de ses scènes. Totalement mis en avant par le montage et le scénario, Brutus devient petit à petit l’un des plus gros défauts du film, le personnage étant déjà une reprise du caractère de Darmon dans MISSION CLEOPATRE, qui tente de déjouer les plans de tout le monde sans aucun tact. Et forcément, s’il apparaît pendant 1h30, on frôle l’overdose la plus totale. L’acteur était pourtant si juste dans COW BOY. Peut-être qu’un vrai réalisateur sur le plateau aurait été judicieux. Rajoutant dans le sac des comiques pas drôles (Stéphane Rousseau), des filles qui n’ont rien à faire là (Vanessa Hessler, très grande actrice de la pub ALICE et apparemment doublée dans le film) et des légendes qui déçoivent (Alain Delon et son monologue soi disant culte – en fait il cite juste 3 films qu’il a fait devant un miroir, qu’est ce que c’est marrant), le pire est bel et bien atteint dans une succession de seconds rôles incarnés par des stars médiatisés qui ne font pas rire. Franck Dubosc n’a pas une blague drôle, Francis Lalanne l’accompagne en souriant, Elie Semoun dont je suis grand fan est juste nul à chier, Jean-Pierre Cassel est un piètre Panoramix, Adriana Karembeu fait coucou, Dany Brillant aussi, José Garcia est lamentable et cabotine jusqu’à la mort, tandis que les Romains laissent quelques surpris de taille (Jean Pierre Cassel se fait démonter en trois coups de poing, Jérôme le Banner tente de croire ne ses répliques). Le must étant rajouté par l’arrivée de Jean Todt et Michael Schumacher doublés en français (c’est culte et hilarant de connerie) pour la course de char, et une fin qui oublie tout les enjeux du métrage pour laisser place à un Jamel Debbouze plaisant lorsqu’il parle à un Zinedine Zidane qui ne se prend pas du tout au sérieux, tout le contraire de Amélie Moresmo (« Coucou je souris comme une mongole quand je tape dans la balle ») et du grand chanteur Tony Parker qui improvise des pas au basket (oui il est basketteur aussi). Le seul qui tire son épingle du jeu ? Alexandre Astier en garde improbable. Et dire je ne suis même pas fan de KAAMELOT…
ASTERIX AUX JEUX OLYMPIQUES est donc tout simplement une merde. Une merde qui rapport beaucoup trop pour ce qu’elle est. Car même si le cinéma français a besoin de financements de ce genre, ça fait réellement peur quand on voit qu’une telle bouse reconnue de presque tous (il reste des gens conquis par les effets spéciaux tellement travaillés dans le film…) puisse encore cartonné. Comme-ci, aujourd’hui, il suffisait de mettre ASTERIX pour que ça rapporte. Et certains critiquent encore le succès de la saga SAW après ce genre d’événement national ?

« Les Liens du Sang » de Jacques Maillot Note : 7/10
Le polar français a définitivement fait une percée dans les salles depuis la brèche 36 QUAI DES ORFEVRES, et c’est tant mieux. Même si les films ne sont pas toujours réussis, que les parti-pris des cinéastes frôlent la folie ou l’ennui total ou que les films soient ratés, cela fait tout de même plaisir de voir qu’il existe d’autres genres en France. Deux mouvements peuvent ainsi êtres décelés dans cette vague de films policiers très éloignés des thrillers qui subsistent de plus en plus (voir CORTEX, un putain de grand film) : les films ultra-classiques et balisés (LE DERNIER GANG), ou les films différents mais généralement foireux (LE DEUXIEME SOUFFLE, TRUANDS). Difficile donc de faire la part belle des choses puisque les films ne sont pas extraordinaires, même si ce petit réveil des producteurs dynamitent un peu notre production. Tout ça pour dire que LES LIENS DU SANG n’échappent pas à la règle, s’inscrivant ainsi dans une vague classique et vue et revue. C’est autre part qu’il faudra chercher les qualités du long-métrage de Jacques Maillot, qui avait ennuyé avec le téléfilm FROID COMME L’ETE et étonné avec la tentative de série LES PREDATEURS, et qui adapte ici l’histoire vraie des frères Papet d’après leur autobiographie. Un pari risqué mais qui ne cède à aucune condescendance, offrant un polar aussi âpre que classique, restant malgré tout dans un académisme agaçant en vue du résultat final convaincant. Mais le postulat de départ aurait pu donner lieu à un véritable modèle du genre, et non juste à une reconstitution d’un genre dominé par Dawaere.
Lyon, fin des années 70. Gabriel sort de prison définitivement après le meurtre d’un loubard qui touchait à sa copine. Même si François, flic efficace et exemplaire, ne veut plus avoir affaire à lui, il lui offre petit à petit une seconde chance et un travail à Intermarché. Commence alors une longue descente aux enfers où Gabriel trouvera l’amour comme son frère, mais où chacun sera confronté aux conséquences de leurs actes.
C’est sur le chemin ultra balisé de la dualité entre un flic et un truand que LES LIENS DU SANG base son intrigue, tout en prenant soin d’offrir un peu plus qu’ne simple confrontation entre deux frères un peu paumés chacun de leur côté. De manière brute et très simple, le film se révèle donc assez efficace à suivre de part l’alchimie entre François et Gabriel, et un Lyon parfaitement bien reconstitué pour nous plonger dans l’époque. Jacques Maillot rend tout ses personnages aussi crédibles que les décors et l’atmosphère de son métrage, et tout le mérite lui revient puisqu’il met en scène efficacement la sortie de prison d’un homme blessé mais qui tente d’aller de l’avant malgré son boulot ingrat. Amoureux d’une caissière qui acceptera de l’épouser, père d’un fils bordélique et d’une petite fille mignonne, mari d’une proxénète qui a fait le trottoir pour le sauver quelques années plus tôt, Gabriel est définitivement le type auquel le réalisateur s’intéresse puisque c’est celui qui tente une réinsertion dans une société qui n’aime pas les taulards. Tentant vaguement de construire un petit stand au bord d’un lac touristique mais refusé, il replonge pourtant inévitablement dans le grand banditisme, partageant les idées d’un certain Mesrine. Au grand dam de son frère François, qui ne voulait plus lui parler ou accepter le fait qu’il soit devenu son opposé total, mais choisissant de l’héberger et de lui filer un coup de main. S’opposant ainsi aux codes moraux de la police (il aide tout de même un taulard encore surveillé par la police) et traqué comme-ci il était lui-même coupable d’un crime, François va aussi s’enfoncer dans le malheur en déclarant sa flamme à la magnifique femme d’un petit voyou en prison, José. Ne respectant pas ici non plus les codes de l’époque et s’attirant la haine inévitable de José, François risque aussi cher que son frère qui retombe dans le proxénétisme afin de se faire beaucoup d’argent et d’offrir le plus beau mariage possible à Nathalie. C’est d’ailleurs par leurs erreurs que les personnages se ressemblent : ils n’ont rien en commun à part les exceptions qui font d’eux des personnages à part, très attachants. Une belle intrigue plaisante à suivre qui ressemble petit à petit à une tragédie, offrant quelques magnifiques séquences au ton très grave et noir par rapport au reste du métrage. Comme la poursuite d’un nouveau braqueur à Annecy qui se termine par une bagarre pour François, ou encore la séquence flippante à souhait où Corinne se sent obliger de sauter sur des verres pour éviter le pire à sa fille face à deux hommes de main de José.
Mais malheureusement, si le tout se tient admirablement bien et se laisse suivre grâce à une galerie de personnages très bien écrits (surtout les femmes, qui ne sont plus des arguments de touche féminine mais bien des caractères trempées), LES LIENS DU SANG reste un exercice de style assez vain dans le sens où il n’ajoutera rien au genre si ce n’est la note d’intention visuelle de Jacques Maillot qui abandonne son pied pour offrir quelques plans très travaillés quand ils ne tombent pas dans le cliché « je tremble partout car c’est caméra à l’épaule ». En ce sens, dommage de relever une contradiction entre des mises au point rapides et dans le feu de l’action (qui décomposent les plans selon des détails et des réactions) et la photographie sublime de Luc Pagès pas assez mise en avant. C’est un exemple de choses à ne pas reproduire tant le film paraît donner le tournis par moments, ne sachant pas trop quoi faire ou quoi suivre. Maillot reste cependant un très bon réalisateur, surtout lorsqu’il s’agit de donner du punch aux fusillades. Le problème vient du fait que le film apparaît totalement en chantier d’abord, laissant place à des fondus au noir laids qui arrivent toutes les 5 minutes inutilement, chose que je déteste voir dans les films. Si ce n’est à quelques endroits où une ellipse se devait d’être placé, les fondus sont visuellement ignobles et laissent penser que le film n’a pas subit un montage plus travaillé que la normale. Dommage aussi de trouver le tic le plus agaçant jamais inventé, le générique énorme collé à des images importantes pour l’histoire. L’ouverture très rythmée est massacrée à cause de gros cartons de générique où les noms sont soulignés en rouge, gâchant totalement le punch de cette ouverture bien traitée. C’est esthétiquement aussi raté de ces sacrés fondus qui gâchent l’immersion totale dans un script déjà bien entaché. Car même si l’histoire est plaisante et les séquences bien exécutées, il reste cependant un gros problème au niveau du déroulement puisqu’on devine tout à l’avance, sans aucune surprise et sans aucune volonté d’étonner. On dirait que tout le monde se contente de faire comme le reste des films du genre : l’ex-taulard retombe dans ses vieilles habitudes et mérite de mourir, mais c’est finalement le gentil flic aimant qui va souffrir de ses choix car c’est plus triste quand le héros meurt. Surtout que le tout arrive au moment où Gabriel est arrêté par la police suite à ses affaires de prostitution et d’hôtel scabreux, vendu par sa femme qui voulait protéger sa liberté. On l’avait évidemment vu venir, tout comme la relation entre Gabriel et une Nathalie d’une naïveté parfois déconcertante. Ou encore le fameux refus de la mairie face à l’ouverture d’un snack par deux ex-taulards qui finiront par la brûler. C’est évidemment vrai mais c’est tellement « gros » dans le film qu’on se demande si une autre approche aurait été un peu moins too-much et stéréotypée.
En revanche, LES LIENS DU SANG est dominé par un casting franchement impérial, ne laissant place à aucun faux pas. Le réalisateur est définitivement un grand directeur d’acteurs, d’autant plus que le duo Guillaume Canet et François Cluzet marche du tonnerre. Pour ceux qui connaissent un peu les propos de Canet depuis NE LE DIS A PERSONNE, on sait qu’il considère Cluzet comme le plus grand acteur français actuel mais pourtant n’handicape pas son rôle sombre. Les scènes d’engueulades marchent du tonnerre, absolument pas déstabilisées par la passion que voue Canet au génial Cluzet dont la perruque initiale gagne en crédibilité au fil du film (la première apparition est assez marrante dans le genre). Un résultat détonnant et exemplaire, comme on pouvait l’attendre de deux grands acteurs. Les femmes de l’histoire sont interprétées par l’immense Clotilde Hesme, mon actrice française préférée (LES AMANTS REGULIERS, LES CHANSONS D’AMOUR) et la mignonne Marie Dernanaud (MA FEMME EST UNE ACTRICE, la serveuse Alsacienne de PAPA) très ancrée dans son personnage de petite femme qui n’a rien demandé à personne et qui croit encore à l’amour éternel. Le reste est une succession de surprise comme l’ahurissant Mehdi Nebbou (MUNICH) dans le petit rôle de José plein de tension, Luc Thuillier (LE CANDIDAT), Olivier Perrier (SUR MES LEVRES) en père de famille qui part dans toutes les directions, et l’étonnante Carole Franck (LA GRAINE ET LE MULET) en prostituée marquée par la vie et la violence de son milieu. Une très belle prestation de l’ensemble du casting qui sont très bien ancrés dans l’époque et leur personnage qui gagnent en crédibilités.
Alors oui, LES LIENS DU SANG est un polar tout ce qu’il y a de plus normal, parfaitement résumé par une bande-annonce qui dévoile la moitié de l’intrigue, handicapée par de gros défauts de style et de montages, mais qui se suit agréablement grâce avant tout à ses protagonistes. Très bien écrits et retranscrits à l’écran (même l’éternel ado rebelle est parfaitement juste), ils permettent à l’ensemble des comédiens de s’en donner à cœur joie pour nous donner le meilleur de cette histoire vraie traité sur le ton de la tragédie inévitable mais prévisible. Un mal pour un bien donc.

« Things We Lost in the Fire » de Susanne Bier Note : 8/10
Surprenant de voir Susanne Bier aux commandes d’un film américain sur le papier somme toute classique et inévitablement dramatique. D’origine danoise, elle est l’une des rares cinéastes respectées dans le fameux Dogme, un courant lancé par le cinéma de Lars Von Trier & Thomas Vinterberg (FESTEN) et le style naturaliste, respectant des lois strictes sur les méthodes de tournages quasiment amateurs. Réalisatrice de OPEN HEARTS (vivement le remake de Zach Braff qui sera un peu moins chiant à suivre que le film de Bier), BROTHERS (bientôt repris par l’excellent Jom Sheridan avec Jake Gyllenhaal et Tobey Maguire – un futur bijou donc) et surtout le génial AFTER THE WEDDING (Mads Mikkelson forever), elle a donc subit un énorme buzz aux Etats-Unis. Convoquée par le cinéaste Sam Mendes qui prend la casquette de producteur pour Dreamworks, Bier avait tout pour rater son film, un peu à la manière de l’italien Gabriele Muccino sur THE PURSUIT OF HAPPYNESS. Sur le papier, le sujet paraît niais, larmoyant et trop classique. La cinéaste avait tout pour perdre toute orignalité et ne pas insuffler son talent pour signer une commande décevante. C’est tout le contraire qui se produit : le film n’est absolument pas pathos, ne succède à aucun effet de style et s’inscrit en continuité totale avec les thèmes et l’esthétique des films du dogme qu’elle a réalisé auparavant. Un magnifique drame qui fait la part belle à deux très grands comédiens et à une histoire particulièrement émouvante.
C’est l’histoire d’une mort prématurée et injuste. Brian, mari et père de famille aimant, se fait abattre sur un parking en tentant de sauver une femme des mains de son fiancé violent. Il laisse derrière lui deux enfants et une veuve, Audrey, qui n’arrive pas à gérer tout le stress de son deuil. N’arrivant pas à tourner la page ni à oublier l’importance de son mari, elle demande alors à Jerry, un ex-junkie qui avait Brian pour seul ami, de venir s’installer dans sa maison. Entre la haine passée qu’elle éprouvait pour lui et la tentative de reconversion de ce dernier qui veut à tout prix changer de vie, cette nouvelle bulle familiale va devenir le lieu de tensions et d’émotions pures.
THINGS WE LOST IN THE FIRE parle donc de plusieurs choses à la fois et ne choisit pas de les traiter un par un, mais justement de les mélanger au fil de son récit qui plonge le spectateur dans le deuil de deux êtres qui ne s’aiment pas forcément, mais qui vont apprendre malgré eux à se connaître et à s’apprécier parce qu’ils n’en ont pas le choix. Bien entendu, le deuil comme thème principal pouvait faire peur étant donné le lot de flash-back qu’il pouvait entraîner. Bien heureusement, Bier est une excellente réalisatrice qui sème donc le récit passé au fil du présent, créant des liens entre les chronologiques et des parallèles entre l’avant et l’après. Soulignant tout ce qui a changé dans la vie d’Audrey plus que de Jerry qui n’interviendra que bien après, la volonté de nous plonger dans le quotidien et les dernières heures de la vie de Brian, personnage qui gagne grandement en émotions. On s’intéresse réellement à tout ce que le personnage a fait, à son quotidien et à sa relation particulière avec Jerry, un junkie que l’on pourrait croire au fond du trou et qui pourtant tente de se concentrer sur sa reconversion. Partant de l’enterrement pour revenir sur le destin tragique du personnage, on découvre ainsi la relation de complicité qu’il avait avec toute sa famille, et le vide total qu’il laisse ainsi pour tout le monde. En manque d’affection, Audrey va alors vouloir aller de l’avant mais uniquement accompagnée, ne pouvant continuer seule ce chemin semé d’embûches. Les quelques séquences faciles et attendues qui la motiveront à inviter Jerry chez elle (les 60 dollars perdus qu’elle croyait volé par Jerry et qui seront retrouvés dans la voiture de Brian) n’handicapent pas trop le récit, qui se focalise petit à petit sur une relation particulièrement instable entre les deux êtres.
La grande surprise du métrage vient du fait qu’Audrey et Jerry ne sont en rien des personnages parfaits, bien au contraire. Ils ont chacun plus de défauts qu’on pouvait le penser, offrant ainsi un peu plus de situations dramatiques et chaotiques dans une cellule familiale explosée. Audrey cherche ainsi chez Jerry tout ce qu’elle n’a plus de Brian, l’obligeant à dormir près d’elle et à la caresser comme le faisait son mari. Une séquence contradictoire avec la réaction du personnage face à l’aspect paternel de la venue de Jerry, qui se substitut aux yeux d’Audrey à Brian. Il arrive à comprendre la petite Dory qu’il est le seul à pouvoir retrouver lors d’une petite fugue au cinéma, il réussit à convaincre Harper de mettre sa tête sous l’eau alors que Brian tentait depuis toujours d’y parvenir, et il apparaît comme un danger aux yeux de cette femme particulièrement exécrable. Audrey peut parfois être cruelle, violente (le petit-déjeuner qui tourne mal est saisissant de réalisme) et même hypocrite, ne cherchant que son confort à elle jusqu’à ce que Jerry prenne ses aises et ses habitudes. Dès qu’il s’invite dans cette maison et se sent enfin chez lui (grâce aussi à leur voisin hilarant Howard et sa femme irritante qu’il déteste), Audrey le rejette totalement et l’oblige à repartir, créant un nouveau cataclysme. Seul élément un peu attendu au tournant dans le scénario, la rechute permet aussi de traiter de la solitude totale de Jerry qui ne sait pas comment se comporter avec les gens. Un personnage réellement fascinant car sans cesse sur la corde, brisant les codes moraux (il embrasse Audrey en pensant bien faire) et n’étant jamais réellement guéri, incapable de se créer une relation solide avec la jeune femme qui s’intéresse à lui dans son groupe d’ex-junkies. La replonge est un moyen comme un autre de traiter avec réalisme de sa dépendance et de sa solitude progressive, heureusement guérie lorsqu’il s’aperçoit que tout le monde veillait sur lui, du frère d’Audrey au petit Harper qui lui propose des cookies. Du moins c’est ce que l’on croit avant une séquence finale absolument édifiante et réellement flippante, offrant un discours plein de pessimisme et de tension dans la bouche de Jerry, hanté à l’idée de replonger encore et d’aimer cela. Il raconte son cauchemar et l’on s’attend réellement au pire lorsque le montage alterne le monologue de Jerry et la conduite d’Audrey qui pourrait avoir un accident mortel du jour au lendemain. Heureusement, Bier n’en fait rien et préfère garder un sens implicite tout aussi malsain à ce discours final plutôt que de montrer un énième accident final qui ferait pleurer dans les chaumières. Le pire, c’est que l’on sort les larmes aux yeux de ce dernier discours plein d’éléments implicites.
Vendu comme un duo de gagnants aux Oscars, il fallait tout de même prendre des pincettes à l’annonce de ce casting détonnant certes. Si Benicio Del Toro a toujours été ahurissant et immense dans chacun de ses rôles (USUAL SUSPECTS, LAS VEGAS PARANO, TRAFFIC, WAY OF THE GUN, 21 GRAMMES et bientôt loup-garou dans THE WOLFMAN), Halle Berry se devait de retrouver un rôle à la mesure de son talent. Et étrangement, elle se rapproche petit à petit de sa composition parfaite dans le chef d’œuvre MONSTER’S BALL de Marc Foster où elle avait justement remporté un Oscar. Faisant oublier X-MEN 3, GOTHIKA et CATWOMAN en un clin d’œil, le rôle d’Audrey est très loin du gentil personnage de la veuve qui oublie son mari décédé puisqu’elle est toujours hantée et habitée par des démons intérieurs qui la poussent à violenter le pauvre Jerry, le faisant de la sorte replonger dans un univers de drogue. Un duo très loin de la relation amoureuse que l’on pouvait craindre, les personnages ne pouvait faire face au fantôme de Brian qui règne encore, expliquant ainsi le mélange du passé et du présent au fil du montage. Niveau second rôle, une belle galerie de personnages et d’acteurs nous parvient aux yeux, à commencer par le très surprenant car totalement sobre Omar Benson Howard, habituellement cantonné aux rôles de gros black vulgaire (FOUS D’IRENE, 8 MILE). Mais surtout le retour au grand écran du génial David Duchovny qui a totalement détourné son statut de star ringard depuis la série CALIFORNICATION et l’inédit THE TV SET (une merveille). Il est ici sympathique, attachant et amusant, un acteur qui ne se prend pas inutilement au sérieux et qui est particulièrement crédible. D’un coup, on est totalement rassuré par X-FILES 2. Sans oublier les rôles de la magnifique Alison Lohman (LES ASSOCIES, BEOWULF), John Caroll Lynch (le suspect principal de ZODIAC), Liam Janes (FRED CLAUS, GOOD LUCK CHUCK, AVP 2 en un an) et surtout des deux enfants parfaits, incarnés par Micah Berry (non, pas le fils de Halle) et Alexis Llellewyn (LES CHRONIQUES DE RIDDICK). Que du bon en somme.
THINGS WE LOST IN THE FIRE n’est ni niais, ni chiant, ni stéréotypé à souhait. Parfaite transposition du style visuel de Susanne Bier sur un scénario de commande de Allan Loeb (21), le film réussit réellement à nous entraîner et à nous émouvoir grâce à des alternances subtiles entre le fantôme d’un mari compatissant et un junkie qui devient involontairement son remplaçant aux yeux d’une femme qui ne peut pas imaginer sa vie sans son mari. Un film qui touche au cœur malgré son manque de rythme dans la deuxième partie et ses séquences un peu attendues. Reste cette fin scotchante qui rattrape les quelques défauts en cours de route.
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