Wait and Watch: "Seul" de Etienne Muller (Critique Cinéma)
2/9/2008 11:22

Etienne Muller aka Ohm. En somme, une légende vivante des blogs de Dvdrama. Un fan de films de genre dévoué à la cause qui a sûrement réalisé le plus gros défi de tous les courts-métrages amateurs visibles sur la plate-forme : financé et réalisé lui-même un film de zombies en nous faisant partager les moindres recoins d’une production mouvementée. Etienne Muller était donc le seul à nous faire partager ses impressions sur le tournage, ses attentes, ses problèmes, ses premières images, ses récapitulatifs, ses choix d’affiches et la participation manquée à plusieurs festivals. Un projet passionnant nommé « Seul » (attention au copyright) qui nous a tous donné envie de voir le film. Par nous, j’entends bien sûr l’ensemble des blogueurs qui ont posé des avis positifs et des réactions suite aux messages d’un réalisateur parfois désabusé mais qui n’a jamais manqué de nous donner ses véritables impressions sur un projet qu’il a dans les tripes depuis des années. Et c’est avec un plaisir sans nom que je me vois donner la première critique du film et du dvd collector de ce fameux « Seul » qu’il aura fallu attendre encore et encore pendant plus d’un an.
Un personnage armé jusqu’au dent, fusil caché sous le manteau, entre dans une maison apparemment inhabitée qu’il semble bien connaître. Explorant les lieux dans la noirceur d’une nuit mouvementée, il découvre petit à petit les habitants des lieux qui se révèlent être des zombies. Pire encore, il doit faire face à un boucher cannibale énigmatique qui hante les couloirs à la recherche de proies humaines. Voilà comment résumer les 19 minutes d’un court-métrage très loin des propos désarmants de Etienne Muller qui annonçait de sa bouche que le film était quelque peu loupé et décevant. Forcément, pour un film qui lui a demandé des années de sa vie et une implication financière totale (en collaboration avec sa fiancée), le résultat doit lui paraître illusoire. Et pourtant, « Seul » est bel et bien un petit film d’horreur très efficace qui doit d’abord à la maîtrise technique de Muller qui signe une photographie et une réalisation des plus soignées, le tout dans un 16/9 écrasant qui donne toute l’ampleur aux décours et aux mouvements de caméra faits maisons. On s’étonne de voir la propreté d’une image qui a subi des semaines d’étalonnage numérique (le plus gros morceau de post-production), de travellings sur chariots dans une forêt avec une lumière naturelle parfaite, et un choix du décor classique (la fameuse maison abandonnée) qui est plus centrée sur la famille que sur la terreur. Il y a donc véritablement une claque visuelle derrière ce simple court-métrage, le film nous entraînant dans des atmosphères sonores et graphiques variées et toutes très travaillées, de la salle du boucher à une introduction volontairement rétro. Plus étonnant encore, « Seul » bénéficie de deux génériques absolument sublimes de bout en bout, et je ne mâche pas mes mots. Celui d’ouverture, basé sur des dessins amusants qui racontent la fuite de deux enfants suite à la transformation de leur parent, laisse place à une musique extraordinaire d’un compositeur aussi talentueux qui l’animateur qui nous offre une énorme dose de bonheur à la vue de ce générique qui raconte réellement quelque chose tout en étant soigné. Quand à celui de fin, il éclate totalement la montée des éternels crédits sur fond noir pour nous offrir quelque chose de plus vibrant et de plus saturé. Comme tout le film en fait.
Mais derrière cet aspect technique se cache surtout un bel exercice scénaristique qui tourne un peu à vide dans la première partie et dans ses dialogues plats (les acteurs sont crédibles sauf quand ils parlent, dommage) mais qui donne de la valeur au décor et aux affrontements avec les zombies. Courts mais efficaces, on peut regretter une utilisation des armes à feu un peu trop rudimentaires (quoi que la version longue d’une petite minute seulement et le making-of expliquent clairement les raisons des ajouts et retraits) mais qui ont le mérite de mettre en valeur un maquillage gore hors pair qui fait réellement professionnel. Ils sont tout simplement dignes d’une série B à gros budget, et je ne dis pas ça pour chanter les louanges de Muller : le film a ses défauts (un homme marche pendant trois plombes dans des couloirs), mais la qualité des effets gores et des zombies présents à l’écran pardonne les quelques écarts de montage « cut » lorsque le boucher arrive. De plus, le montage alterné entre la découverte de la maison (et de restes humains) et la torture d’une nouvelle victime (jouée par notre Zeke, doublure officielle de Eli Roth) par un féroce cannibale (dans la lignée des grosses brutes façon Leatherface) offre un peu plus de punch au métrage, offrant aussi une sous lecture jamais foireuse qui se concentre sur deux frères qui ont pris des chemins différents et qui sont depuis toujours voués à mourir. Sans être un twist final, cette petite révélation ajoute une touche d’implicite bienvenue au métrage, et donnant à la dernière scène du film un sens tragique touchant. Comme quoi, on peut aussi faire simple et intelligent avec pas grand-chose.
Mais ce qu’il faut surtout posséder en plus du film et d’une version longue que l’on aurait aimé un peu plus jusqu’en boutiste ou tout simplement présentée au spectateur, c’est ce dvd collector exceptionnel puisqu’il nous offre un morceau de choix essentiel. Il s’agit, bien entendu du fameux making-of dont la durée totale atteint ni plus ni moins les 1h30. Séparé sur les deux disques du coffret, le making-of aborde de manière simple et concise tout les aspects de la production de « Seul ». Avec un chapitrage très clair et classique, on suit donc les propos d’un Etienne Muller peu à l’aise face caméra (faut dire qu’il semble récité un texte vu qu’il est tout seul en faisant mine d’être interviewé) mais réellement passionnant dans toutes ses explications, éclairant un peu les raisons du coût global du film (échafaudages, matériel, maquillages, lumières, locations en tout genre, …) et sur ses quelques regrets en cours de route. Sans être pour autant pessimiste, le documentaire alterne donc le discours de Muller quasi-continu avec des images d’un tournage très rapide (3 jours seulement) et détendu, qui propose de découvrir un peu plus sur la fabrication des effets maisons mais surtout de la réinterprétation du scénario selon le temps imparti. On sent les déceptions et tensions lorsque l’équipe doit abandonner le combat final épique entre Alexandre Renaud et le cannibale imposant, laissant ce goût inachevé dans la version retenue pour le montage final. Sans langue de bois ni propos à la con (pas de « Etienne Muller est le génie ultime », c’est à nous de le dire maintenant), il s’agit juste d’un bonus essentiel pour comprendre les aspects de production d’un tel film, qui ne cache rien et qui rend surtout hommage à toute l’équipe du film qui a travaillé très dur pour être fière du résultat final. Et franchement, ils devraient l’être. On peut seulement regretter que face à ce morceau de choix, on ne trouve pas le commentaire audio pourtant bel et bien enregistré par le réalisateur ni la comparaison film/story-board (les simples dessins du générique étaient déjà jouissifs), juste un diaporama d’images du tournage et d’affiches ainsi que les bandes-annonces que l’on a pu voir sur le blog de Ohm.
Difficile de cacher sa joie face au résultat final qui fait plaisir : notre cher Ohm, le type qui nous a renseigné et qui nous a fait aimé tous ses articles sur son fameux film, est un réalisateur doué qui signe un film d’horreur efficace. Non exempt de défauts, il est dur cependant de reprocher quoi que ce soit, pas pour faire les hypocrites mais juste pour l’encourager encore plus à continuer dans cette voix. La technique, il l’a dans le sang. Il suffit d’un sujet totalement transcendant pour qu’il se fasse remarquer. Je finirai par m’adresser directement à lui ; Etienne, désolé du retard que j’ai mis à écrire cet article, mais « Seul » m’a réellement motivé. Merci infiniment pour ce collector que je suis le premier à pouvoir palper. J’espère que tu apprécieras.
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